The 2nd Law
- Label : WEA
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 01/10/2012
Tous les trois ans, rendez-vous est pris avec Muse pour un nouvel album. Après un The Resistance en demi-teinte et qui sentait par moment la panne d'inspiration (souvenez-vous de "Unnatural Selection" en guise de sous-"New Born"), on commençait à se demander si Muse, après cinq albums, n'était pas entrain d'emprunter la pente descendante. Eléments de réponse ci-dessous.
Après avoir célébré les dix ans de l'album "Origin Of Symmetry" lors du "Carling Weekend" (festivals de Leeds et Reading) en 2011, Matthew Bellamy avait annoncé qu'il était temps de tourner la page et que son groupe allait désormais se diriger vers toute autre chose. Le seul hic, c'est qu'il nous avait déjà fait le coup plusieurs fois jusque là sans que ça ne se traduise de manière flagrante dans les faits.
Au début de l'été cependant, un trailer faisait son apparition sur le net afin d'annoncer la sortie de The 2nd Law à la rentrée. Ce trailer prenait la forme d'une espèce de journal télévisé du futur accompagné d'une bande-son résolument dubstep. Si certains criaient déjà à l'opportunisme, il fallait bien reconnaître qu'il s'agissait d'un son jamais entendu chez Muse. Opportuniste ou pas, on peut dire aujourd'hui que "The 2nd Law : Unsustainable" est un des meilleurs morceaux de l'album grâce à sa puissance et son originalité.
Peu après, c'est le morceau "Survival" qui fit son apparition sur la toile, et on ne tardait d'ailleurs pas à apprendre qu'il serait l'hymne officiel des Jeux Olympiques de Londres. Pour le coup, on revenait à du Muse nettement plus convenu, entre musique classique et grosses guitares, le morceau rappelait un peu "United States Of Eurasia" en plus couillu. En somme donc, du Muse pur jus mais réussi.
Enfin, quelques semaines plus tard, c'est le morceau "Madness" qui fut présenté en tant que premier single officiel. Toujours pas de trace de dubstep. Le morceau, malgré un début plutôt perturbant, était cette fois un bel hommage à U2 période Achtung Baby entrecoupé par un solo de guitare que n'aurait surement pas renié Brian May.
Certes, on avait déjà Coldplay qui se prenait pour U2 et on aurait pu se passer que Muse en fasse de même, mais il faut croire que c'est le passage obligatoire pour durer une fois les premiers albums passés. Qu'importe, dans le genre, "Madness" est un bon morceau, autrement plus inspiré que "Big Freeze", également présent sur l'album, et qui emprunte beaucoup (trop) à la bande à Bono. Le problème des titres qui ont filtré avant la sortie du disque, c'est qu'il s'agissait globalement des meilleurs. Résultat, une fois l'album enfin dans la platine, c'est un peu la douche froide.
Le titre d'ouverture appelé "Supremacy" peine à convaincre malgré les montées dans les aiguës de Bellamy qui pourront rappeler les premiers albums du groupe. "Animals" passe correctement également avec son début rappelant un peu "Microcuts" mais l'ensemble a tout de même un peu de mal décoller. Mais le drame n'est pas là.
Que dire de "Panic Station", titre groovy aux paroles ridicules qui semble directement inspiré par la variété internationale des années 80. Même remarque pour "Follow Me" sauf que l'on évoquera cette fois la décennie suivante. Mais quelle mouche les a piqués ? Que le trio ait envie de délirer un peu, soit, personne ne leur avait reproché leur reprise de "Can't Take My Eyes Off Of You" il y a plus de dix ans, mais c'était resté une b-side, il aurait du en être de même pour ces deux morceaux. Quand on écoute "Panic Station", on peut alors imaginer sans mal Bellamy se lancer dans une reprise de "Wake Me Up Before You Go Go". Si certains trouveront le délire amusant, pour les autres, la (mauvaise) blague aura un arrière gout très amer.
Et ce n'est pas fini, nous n'avions pas encore eu droit à la ballade guimauve. C'est "Explorers" qui s'en charge ! Encore plus sirupeux que "Unintended" en son temps, c'est dire. Il faut vraiment entendre Bellamy murmurer à la fin du morceau "Shhhhh, go to sleep" genre "bonne nuit les petits". Il ne peut pas chanter ça sérieusement ??
Heureusement, quelques bonnes surprises prennent le relais, notamment via les deux titres chantés par Chris Wolstenholme, le très calme "Save Me" suivi du plus rythmé "Liquid State". Deux bons petits morceaux, certes pas extraordinaires non plus, mais qu'on saura apprécier vu le niveau global du disque. La seule chose, c'est que sur ces deux titres, le changement de voix fait qu'on n'a plus trop l'impression d'écouter Muse. Le diptyque "The 2nd Law : Unsustainable / Isolated System" clôt enfin l'album de manière assez réussie même si l'ambiance des morceaux n'a rien à voir avec le reste du disque.
The 2nd Law est donc une déception en bien des points. Les vrais bons titres, ceux qui marqueront l'Histoire de Muse, sont déjà peu nombreux. Mais au-delà de ça, on peut également regretter que la qualité du songwriting ait pris un sérieux coup dans la tronche sur ce disque. A croire que Bellamy avait autre chose à foutre que d'écrire des chansons.
Mais le pire reste sans aucun doute l'absence de cohérence du disque, qui passe sans cesse du coq à l'âne. Il ne semble y avoir derrière cet album aucune ligne directrice, aucune cohérence artistique, aucun concept. C'est juste un enchaînement de chansons qui n'ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres, et qui en plus, manquent souvent de qualités.
Allez, bien que ce disque soit sans aucun doute le pire de Muse, on lui attribuera la moyenne pour les quelques bons titres que l'on trouve tout de même ça et là. Mais dieu que c'est rude parfois...