Dopes To Infinity
- Label : A&M
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 21/03/1995
Que serait le stoner sans les drogues ? Sans doute un rock plat-plat, sans volume et sans dimension.
Abonnée aux substances les plus folles, la bande à Dave Windorf déverse un tourbillon fanfaronnesque de trips psychédéliques, d'effet fuzz à gogo et de riffs surpuissant et imparables. On n'ose imaginer les fournées de narcotiques ingurgitées à l'origine de ces titres jouissifs, intensément accrocheurs, aux guitares bien grasses et aux solos délurés. Le rock bourratif de Monster Magnet percute les tympans à coup d'accélérations de tempo supersonique, de riffs bulldozer répétés à l'infini et de vocalises percutantes. Le tout passé à la sauce psychédélique.
Réminiscences orientales ("All Friends And Kingdom Come"), orage électrique passé sur deux accords joués en boucle et au ralenti (les huit minutes du colossal "Third Alternative") ou bien instrumental démentiel bourré de fuzz ("Theme For "Masterburner""), chacune des trouvailles ajoute un côté hypnotique aux compositions.
On est prêt à partir loin, à se perdre dans les fumées psychotropes exhalées, comme au cours des "Negasonic Teenage Warhead" ou "King Of Mars", aussi percutant que des coups de poings envoyés dans la gueule. Mais Monster Magnet s'amuse aussi à prolonger les effets de ses délires de drogués, en jouant de la guitare sèche sur le tripant "Blow ?Em Off" ou en se rappelant aux bons souvenirs des anciens des seventies, comme sur "Dead Christmas" où un ton léger et des percussions évoquent les chevelus hippies.
En matière de stoner, Monster Magnet est une institution et Dopes To Infinity, par sa puissance et sa diversité, une référence. Immédiatement prenant, l'ensemble de ces titres marque les esprits et se révèle une ode aux délires qui sentent bon le chanvre, les bitures à la bière et les paradis artificiels. Douze pistes et près d'une heure de pure abstraction sonique, riffs hallucinés et mordant, sens de la mélodie et sons généreux, très rentre-dedans. Ça chamboule les têtes à force de traîner du côté obscur du rock psyché. Ça va même très loin dans les voyages délirants, entre l'effrayant "Look To Your Orb For The Warning", où Dave Windorf hurle comme un fou, ou bien l'hypnotique "Vertigo" au cours duquel la même phrase "It's okay" est répétée en boucle sous une tonne de saturations plombées.
Captivant de bout en bout, sans longueur, Dopes To Infinity est à ranger parmi les ?uvres cultes, à l'aune duquel nombre de groupes (Spiritual Beggars, Grand Magus, Celestial Seasons) auront puisé leurs inspirations. ?uvre indémodable et inoubliable, cet album peut s'écouter des heures entières sans que ses vertus enivrantes et planantes ne soient altérées.