The Last Sucker
- Label : 13th Planet
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 18/09/2007
En baisse de régime certaine depuis le départ de Paul Barker, Ministry tire sa révérence (pour l'instant) avec The Last Sucker. Al Jourgensen a en effet décidé de splitter son groupe mythique en clôturant sa trilogie anti-Bush. Cette décision aurait été plus louable si elle avait été prise au départ du bassiste fondateur. Car depuis Houses Of The Molé, Ministry n'est plus que l'ombre de lui-même et ressemble plutôt à un de ses ersatz que sa musique visionnaire a engrangé par dizaines.
The Last Sucker clôt cette trilogie en exploitant la même veine que ses deux prédécesseurs Houses Of The Molé et Rio Grande Blood: des morceaux charpentés autour de riffs basiques et sans intérêt, des samples barbares, des solos aussi énervants que vains et une voix hurlée. Al Jourgensen ne fait pas dans la finesse, il est énervé par l'administration Bush et recrache ses frustrations dans sa musique.
On a compris, la perte de la musique si hypnotique et malsaine des débuts est irréversible mais si un minium d'effort était fait pour composer ces morceaux viscéraux, ça serait louable. Au contraire, on a l'impression que seules les paroles ont été changées. Ministry s'auto plagie de manière assez ostentatoire : même riffs, même samples, mêmes rythmes... "The Dick Song" refourgue même des passages entiers du déjà pas folichon "Lies, Lies, Lies" de l'album précédent, mais en pire : samples plats et clichés, structure basique, lignes de chants inexistantes... Et c'est ce sentiment de déjà vu qui persiste tout au long de l'album. Aucun morceau ne décolle véritablement, le tout sonne creux et plat. Sans la voix reconnaissable d'Al Jourgensen, cet album se mêlerait facilement à la masse de groupes electro-metal qui pullulent depuis le succès de Rammstein.
Ministry en profite au passage pour massacrer le "Roadhouse Blues" des Doors. Reprise complètement inutile qui n'apporte rien du tout. Quel est l'intérêt de reprendre ce morceau en hurlant sur fond de double pédale ? Ministry se vautre dans des clichés métal, c'est triste...
Même le traditionnel morceau de fin d'album, pourtant encore potable sur les derniers albums, est ici complètement pathétique et vide. Pourtant ce "End Of Days" divisé en deux parties accusant quasiment le quart d'heure laissait augurer un adieu du groupe en apothéose. Malheureusement ce morceau est dans la stricte lignée qualitative du reste de The Last Sucker. Adieu les morceaux lents, prenants, malsains tels "Leper", "Grace" ou même "Worm" ou "Khyber Pass". Le riff répété de "End Of Days (part 2)" est assez pertinent : triste et pessimiste comme il faut mais tourne dans le vide. Jamais la voix où les samples viennent étoffer cette ambiance. Au contraire ces derniers sont encore une fois rabâchés et hors sujet : des choeurs féminins guimauves et des samples de Bush. Al Jourgensen passe définitivement à côté d'une sortie magistrale...
C'est triste de voir un groupe si emblématique et auparavant systématiquement original se fourvoyer dans tant de facilité. Al Jourgensen aurait vraiment dû splitter Ministry après le départ de Paul Barker afin d'en laisser une trace respectable. Il aurait très bien pu sortir cette trilogie sous un autre nom et ne pas entacher celui de Ministry. Le groupe tire sa révérence après trois albums à peine dignes de son nom...