Ball-Hog Or Tugboat ?
- Label : Columbia
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 28/02/1995
Ball-Hog Or Tugboat ?, c'est l'apogée du rock alternatif des années 90. D'une part parce qu'un type comme Mike Watt avait toujours eu de quoi intéresser via The Minutemen ou fIREHOSE mais éveillait davantage de soupçons quant à sa capacité créatrice, et d'autres part parce que cet homme a beaucoup de vrais amis, ce qui annonce assurément des guests se comptant sur les doigts de la déesse Vishnu... Une cinquantaine de potes estimés du monde de la musique se sont voués à la cause d'un projet ironiquement nommé ?solo', et c'est bien en ce sens qu'il est magistral.
Rien que pour le premier titre grungy "Big Train", dont l'excellent clip sur une maquette de train électrique était un petit trip sympa signé Spike Jonze, ça se bouscule au portillon : Eddy Vedder venu discrètement pour les ch?urs, les frères Kirkwood (Meat Puppet) aux guitares/banjo, le guitariste géniale Nels Cline (Nels Cline Trio), J. Mascis (Dinosaur Jr) à la déferlante guitaristique et Dave Grohl à la slide et derrière les fûts à taper comme un sourd... Et PAF (le chien) ! Tout ça dans ta gueule de nerd d'entrée de jeu : ça fait bien mal. Et si on a le droit dès le début à un gros hit rock bien gras, les 17 titres s'annoncent malgré tout dispersés et plus subtils que la superbe métaphore de son refrain, soit ?Veux-tu grimper sur mon gros train ?' Arf, comme on dit...
Par ailleurs, énoncer l'ensemble des intervenants de l'?uvre reviendrait presque à s'atteler au recensement des zicos vivants en 1995... Du grunge (le tube "Against The ?70S") au jazz ("Sidemouse Advice"), du power pop ("Piss-Bottle Man") au post-rock ("Tuff Gnarl"), au funk ("E-Ticket Ride", "Tell ?em Boy !") ou jusqu'au folk (le doux "Chinese Firedrill" tenu calmement au chant par Frank Black) et l'inclassable (la plupart des morceaux en fait, mais surtout l'extraordinaire "Intense Song For Madonna To Sing") ou simplement magique ("Drove Up From Pedro", "Max & Wells")... c'est autant de personnalités différentes qui viennent cristalliser les couleurs de cette gigantesque peinture, sous la tutelle d'un Mike Watt qui sait où placer ses invités sur le plan de table pour éviter les prises de becs : Les plages ont beau être très différentes les unes des autres, il n'en ressort pas moins une impression d'homogénéité, de fusion et d'achevé. D'autant plus délectable qu'on attend pas forcément les musiciens aux postes qu'ils exploitent : Krist Novoselic à l'orgue, Pat Smear au chant, Jay Mascis à la batterie... et on se réjouit de les retrouver plusieurs fois tout au long du disque (hormis la voix, encore faut-il reconnaître leur patte d'instrumentiste).
C'est un véritable chapitre du rock auquel nous avons droit : une bien belle leçon d'éclectisme ; une bible de la basse (le but initial de cet album, Mike Watt étant bassiste) ; les trois ?Dieux' échappés de Nirvana faisant leur première apparition discographique depuis le décès de Cobain (à noter que les Foo Fighters ont fait leurs débuts cette même année en première partie de... Mike Watt), une intervention de Mark Lanegan laissant faire la mise en abyme avec les futurs Desert Sessions (ici c'est avant l'heure et largement plus intéressant) ; une recette rock que l'on n'a plus vraiment entendu aussi sincère après cela... Très impressionnant.
Plus qu'une compilation de talent, un disque péplum du rock des nineties.