The Trials Of Van Occupanther
- Label : Bella Union
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 06/06/2006
Pour ceux qui ont eu la chance d'approcher cet album, sorti dans une relative confidentialité là où tout le monde devrait crier au génie, les émotions subsistent encore.
On n'avait pas fait attention à eux, après la sortie d'un premier album sympathique mais sans plus, et voilà qu'ils nous reviennent touché par une grâce rare, dont on ne sait si elle résulte d'un miracle ou bien du talent révélé de Tim Smith. The Trials Of Van Occupanther est le genre de chef-d'?uvre auquel on ne veut pas croire parce que ce serait trop facile de tomber dans le piège de ces albums pop à la beauté virginale, et pourtant le choc émotionnel ressenti dès la première seconde est fort.
Un piano aussitôt suivi par une rythmique dynamique mais aussi légère qu'un nuage, qui file des frissons avant qu'un chant magnifique, savoureux et gracieux à souhait, ne s'envole vers des contrées mélodiques, uniquement réservé aux songwriters de génie. On est déjà happé dès le premier titre "Roscoe" et alors on se dit, que non, ce n'est pas possible, tout l'album ne peut pas être comme ça. Mais "Bandits" et sa guitare sèche matinée de piano et de flûte discrète, remet les pendules à l'heure. Alors il faut se rendre à l'évidence. Des chansons qui n'en font jamais trop, se contentant de polir et de faire briller une pop mélancolique et quelque peu enchanteresse par moment, il y en a à la pelle, du sublime "Van Occupather" au très délicat "Chasing After Deed".
On ressent dans chaque effort employé pour rendre l'habillage finement travaillé, toutes ces émotions à fleur de peau qui rejaillissent dans un lyrisme racé et élégant. Rien n'a été négligé pour donner à ces mélodies le meilleur apparat possible. Ce qui touche le plus, c'est la constance maintenue par le groupe. Les deux temps forts de l'album, "Branches" puis "In This Camp", en sont les exemples flagrants. Le premier désarme et ferait plier le plus réticent des c?urs par sa progression vers le céleste appuyée par les coups de batterie émoussées, le piano insistant et ce chant touchant. On n'a plus qu'à s'agenouiller ensuite à l'écoute de la paresse élégiaque du second qui explose dans un grand éclat lumineux et électrique. Après cette prouesse esthétique, on n'a plus que se laisser porter par les courtes ballades placées en fin d'album ("We Gathered In Spring" et son clavier cheap, ou le décharné "You Never Arrived") qui l'achèvent dans la déliquescence.
On ne peut pas dire que Midlake propose quelque chose de réellement innovant, mais, même si ça n'a l'air de rien, tout est léger, tout est beau, sans exception, pour bien s'imposer comme une des réussites de l'année.
On a l'impression d'assister à de la magie de bout en bout : toutes ces perles s'enchaînent à merveille sans faute de goût ou de crimes de grandiloquence. Midlake enveloppe ses chansons satinées d'arrangements, sans que cela n'en soit affecté. Guitares électriques, parfois doublées d'acoustiques, voix doublées en mille-feuille, piano soutenue mais modéré et autres surprises, et à l'arrivée, un résultat époustouflant, somptueux et addictif : une collection de chansons superbes de pop modernes teintées d'héritages Grandaddy ou Sparklehorse, qui réchauffe les c?urs et l'âme.