Matador
- Label : Moumkine Music
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 06/06/2005
Seventeen Seconds, Faith et Pornography. Euh, on se trompe de chronique là ? Ben non, ce sont juste les trois disques préférés de Mickael Furnon. Qui ? Ben, le chanteur de Mickey 3D quoi. Ah oui ! Respire, il faut que tu respires, nin nin nin.
Pfffffff. Ouais c'est çà.
Voilà où on en est avec ces jeunes campagnards, banlieusards de Saint Etienne : Mickey 3D=Respire. C'est bien dommage (bien que le titre soit excellent), et à l'évocation de ces trois albums cultissimes de Cure cités par le compositeur principal du groupe, on comprend pas mal de choses.
Des mélodies épurées, ultra efficaces, une humeur franchement versatile (parce que Mickey 3D, c'est souvent dépressif, si, si), des styles musicaux radicalement opposés... Le groupe est bien moins naïf qu'il n'en a l'air. Et le cerveau de Furnon est probablement aussi complexe que celui de Robert Smith. Et parfois aussi torturé.
Après trois albums teintés de gris sombre donc, mâtinés d'un langage enfantin (un style puéril pour certains) et d'une diction nonchalante, le groupe offre avec Matador un album, parait-il, plus optimiste, et plus chanté.
C'est vrai que l'ambiance est plus détendue, voire hispanisante sur les deux premiers titres "Rodéo" et "Matador". Mais la désillusion revient au premier plan dés le troisième morceau "Le Sixième Sens". On ne se refait pas. C'est curieusement le morceau le plus faible de Matador : les paroles sont moins inspirées, la mélodie sautillante ne colle pas au message défaitiste.
"Réveille Toi" arrive en écho à "La Vallée" de Tu Vas Pas Mourir De Rire. Probablement, est-ce du à la présence lumineuse de Najah El Mahmoud au chant. Une très jolie comptine (tristounette) electro acoustique, dont le groupe a le secret. "La Mort Du Peuple", cynique à souhait et pop en diable, est une belle réussite, entre ombre et lumière; tout comme sa voisine bucolique "Quand On Avait Sept Ou Huit Ans", très entrainante.
A ce moment précis, on se dit que les trois jeunes se dirigent vers des sphères plus clémentes, loin des angoisses avouées des trois premiers opus.
Ce sentiment se brise dès l'écoute de "Il Faut Toujours Viser La Tête", aux paroles très engagées, soutenues par une rythmique sacrément pesante, qui prend aux tripes. "Sparadrap" rappelle les escapades acoustiques et désabusées de Mistigri Torture, tandis que "Compte Pas Sur Moi" et "Les Mots" imposent à nouveau le groupe comme fer de lance du nouveau rock français (un genre à part, finalement).
Puis vient le bricolage un peu malheureux du "Tube De L'Eté", aux paroles pourtant réussies. Heureusement, l'album se clotûre sur deux titres superbes et assez inédits "La Chasse A La Vipère" (rencontre splendide entre Moog, accordéon, guitare sèche, banjo et un excellent beat electro), et "Les Lumières Dans La Plaine" triste et belle à la fois (comme la vie, hi, hi).
Le bilan est donc très bon, mais Matador est tout de même un ton en dessous de ses prédecesseurs, du fait de certaines mélodies un peu fénéantes... On ne peut pas non plus sortir un album exceptionnel tous les jours.