The Secret Migration
- Label : V2
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 24/01/2005
Un immense papillon couleur sable déploie largement ses ailes, sur lesquelles apparaissent à gauche un oeil masculin et à droite un oeil féminin, regardant chacun dans un sens, le tout sur un fond parme lumineux psychédélique ... Pas de doute, on est bien en présence d'un album de Mercury Rev !
Quatre années sont déjà passées depuis la sortie de All Is Dream, un album qui n'avait pas fait l' unanimité. Qu' importe, le combo poursuit inlassablement sa mutation et son développement, contre vents et marées. The Secret Migration donne très rapidement le ton, et l'on retrouve bien vite les ingrédients qui font le son Mercury Rev ... mais pas seulement ! Brillant, excessif, emphatique, cet opus ne fera pas dans la mesure, qu'on se le dise. Pourtant, "Secret For A Song" , titre d'ouverture, s'impose dés la première écoute comme un bijou pop éclatant, infaillible, parfait. L'entrée en matière est réussie sans faux pas, le papillon peut alors s'étendre de toute son envergure sur un paysage en technicolore, clinquant mais malgré tout controversé.
Inondé de piano et de synthés ("Across Yer Ocean", "Diamonds" et sa grandiloquence solennelle), l'univers peint ici affectionne les excés, l'ampleur, se complait dans la folie des grandeurs ("Vermillion" aux guitares étincelantes, "Moving On").
Mais là où Mercury Rev nous surprend, c'est dans cette facilité déconcertante à jongler avec le 'trop-plein' et le 'juste-ce-qu'il-faut' ; et l'on se retrouve alors en présence d' hymnes pop psychédélique superbes, tels ce "In A Funny Way", dont le chant et les choeurs ampoulés, n'ont d'égal que le brio des guitares fougueuses.
Si quelques titres se montrent ici un peu en retrait par rapport à l'ensemble ("My Love", sans doute dispensable), The Secret Migration bénéficie d'une homogénéité évidente, baignée dans la fraîcheur que constitue cette ode à la Nature.
Mercury Rev réussit l'improbable jonction entre le glam rock des années 70 et la pop moderne des années 2000, entre une véhémence extravagante, et un sens mélodique maîtrisé, diablement excitant.
Comme toujours, il n'y aura pas de juste milieu avec ce nouvel opus de Mercury Rev : où on aimera, où on détestera ; où l'on se laissera transporter par la voix de funambule de Jonathan Donahue et les échappées-belles incessantes des synthés et du piano ; où l'on restera de marbre face à ce voyage initiatique, au pays d'une pop (que l'on jugera volontiers) hypertrophiée et maladive dans sa démesure.
Non, Mercury Rev ne saura décidemment jamais faire dans le minimalisme ou le rationnement. C'est comme ça, et il va falloir s'y faire !