Stoner Witch
- Label : Atlantic
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 18/10/1994
Pouvait-on soupçonner une suite pareille au colossal Houdini ? Stoner Witch se place un cran au dessus de son prédécesseur. On est embarqué pendant la durée du disque dans un trip violent possédant la force de déplacer les montagnes. Les trois cinglés cognent comme des marteaux pilons déréglés, projettent toute la tonicité de leurs muscles dans cette valse de baguettes jetées dans les fûts avec une rage déterminée, de hurlements inhumains de dieux de la guerre en colère, de cordes martyrisées au parfum d'apocalypse, désirant nous déchirer en deux, longitudinalement en partant du sommet de notre occiput. Une découpe chirurgicale soignée. Les titres s'enchaînent à la vitesse de l'éclair, nous foudroient sans ménagement. "Sweet Willy Rollbar", est ce chien enragé qui court le village, prêt à mordre sans pitié, claquant ses crocs sur les mollets imprudents, "Goose Freight Train" est cette oie qui dandine de la croupe, marchant nonchalamment sur le chemin poussiéreux de Melvins City. Les voix sont possédées, construisant à elles seules un climat inquiétant, noir, terrible, presque sadique. "Roadbull" fait sortir le taureau de son champ, celui-ci ayant démoli à grands coups de cornes la clôture qui le maintenait captif. "At The Stake", fait monter à la tension un étage supplémentaire, lente, posée, nous décérébrant calmement. Dale Crover martèle sa batterie comme envoûté par un mal venu d'ailleurs ; basse et guitare grognent ensemble, construisant toute deux cet univers sonore mal éclairé, masqué par ces paquets grossiers de fumée. Et à nouveau ces voix de sorcières des forêts, en pleine concoction d'un breuvage, mortel, si quiconque y trempe les lèvres. "Magic Pig Detective" est un joyeux noise incompréhensible laissant à l'auditeur patient l'occasion d'écouter un des plus beaux titres si celui-ci a résisté à ces remparts de son déroutants. Comme en pleine forêt vierge, on taillade les feuillages drus à coups de machette aiguisée, on se fraye un passage dans cet univers forestier chaotique pour atteindre la clairière et découvrir finalement ce que l'on cherchait. Une musique qui vrille les tympans, rapide comme le vent, écrasante. Cette musique n'est plus de ce monde, nous sommes ailleurs, perdus. Les Melvins nous ont conduit par la main, jusqu'à cette percée dans les grands arbres. On ne peut que rester hébétés et attentifs face à un tel génie manipulateur. "Shevil" est lente à souhait, le voyage est complet. Les guitares s'envolent, se lovent autour de nos corps meurtris, nous emmènent toujours un peu plus loin, nous sommes captés, captivés, faire machine arrière est impossible. Après un "June Bug" qui nous ressort de l'état semi comateux ou nous nous trouvions, "Lividity" peut nous emmener à nouveau dans cet au-delà musical. Une basse redondante, une ambiance sépulcrale, des voix sortant des tombes moisies par l'humidité, des senteurs de compost formé de la décomposition des feuilles tapissant le sol. Cet album des Melvins a tout. Il est rare d'entendre un disque aussi bien fini, calculé, millimétré, nous faisant basculer dans un monde que seul un art maîtrisé à la perfection peut nous faire connaître. Un album qui ravive la foi dans la musique rock immédiatement. Et votre dévoué chroniqueur de lever les bras au ciel, de galoper en vociférant sans honte et à tue-tête : 'Je crois ! Je crois !'