Field Songs
- Label : Sub Pop
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 08/05/2001
Field Songs, dernier album en date de Mark Lanegan, prolonge l'orientation prise par ce dernier à l'époque de Scraps At Midnight, à savoir, un son plus propre et une musique plus contenue et plus fine. Il enterre, aussi, définitivement, le Mark que l'on connaissait chez les Screaming Trees, et nous montre un artiste libéré de son passé.
Les choses commencent on ne peut mieux avec la sublime "One way street". Mark Lanegan use à nouveau de sa voix de velours pour nous offrir ce doux poème mélancolique. La guitare de Mike Johnson (ex-bassiste de Dinosaur Jr) est d'une justesse rare, et laisse entrevoir une suite grandiose à ce premier coup de maître. Nous n'avons pas à attendre bien longtemps. "No Easy Action" et son rythme bien plus soutenu, change de cap et dévoile un Mark énervé et désespéré. "Miracle" enchaîne paradoxalement, dans la mesure ou, même si l'ambiance reste sur le fil du rasoir (façon de parler), Mark se fait plus charmeur et arrive encore à nous émouvoir. Idem sur "Pill Hill Serenade" qui évoque fortement le meilleur de Scraps at Midnight. "Don't forget Me" reprend les choses là ou "No Easy Action" les avait laissée. Le rythme est plus relevé, la mélodie est superbe, et tout est là pour envelopper une déclaration d'amour désespérée. Le chant est encore une fois parfait, Lanegan est un chanteur magnifique chaque album nous le prouve. Pourtant jamais l'on a été plus durablement touché que sur la magnifique "Kimiko's Dream House". Sublime balade écrite en collaboration avec Jeffrey Lee Pierce (du Gun Club) peu de temps avant la mort de ce dernier. La mélodie de ce morceau n'est que douceur, et, telle la Madeleine de Proust, elle évoque un passé magnifié, qui laisse à nos oreilles un fort parfum de nostalgie. On en revient maintenant à la traditionnelle folk-song religieuse avec "Resurrection Song" et ses arpèges diaboliques. Une pièce centrale de Field Songs on l'on savoure encore l'incroyable voix de Lanegan. Ce disque est fait, avant tout, pour les rêveurs et les noctambules aux yeux rouges. Ceux qui aiment Kerouac et Hopper. Véritable bande-son d'un certain type de "rêve américain" il évoque aussi bien les mégapoles dans le genre de Chicago, que la cambrouse Steinbeckienne et les beuveries qui vont avec. Sans révolutionner quoique ce soit, Mark Lanegan s'affirme de disques en disques et arrive à créer son propre univers sans se soucier de paraître anachronique ou désuet. Field Songs se termine comme il a commencé, délicatement et tristement. "Low", "She Done Too Much" sont sublimes, et le rêve continue avec "Blues For D" et "Fix".
Mark Lanegan sort ici ce qui est, peut-être, son meilleur album. La production frôle la perfection, les compositions sont de très haute volée, et les musiciens qui l'entoure n'enlèvent rien à la magie Lanegan. C'est un disque qui devient très vite indispensable à celui qui l'écoute, et qui se dévoile un peu plus écoutes après écoutes.