Before The Poison
- Label : Naïve
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 28/09/2004
Marianne Faithfull aurait dû prendre l'habitude d'accompagner chacun de ses nouveaux albums d'un carton d'invitation, car on a vraiment l'impression qu'à chaque fois, elle nous refait le même coup et qu'elle organise une grande bouffe où serait attablé le gratin pop-rock mondial ! Deux ans après l'étonnant et audacieux Kissing Time (où s'étaient croisés pêle-mêle, Damon Albarn, Beck, Billy Corgan ou encore Jarvis Cocker), Before The Poison remet le couvert avec cette fois, beaucoup de classe et de préciosité.
Aux côtés de la Diva, on retrouve PJ Harvey (décidemment très productive), Nick Cave, Rob Ellis, Jon Brion et à nouveau Damon Albarn, tous venus dérouler le tapis rouge sous ses pieds. Bien plus épuré et dépouillé que son prédescesseur, cet album oscille entre folk-rock et pop, laissant à la voix si particulière de Marianne Faithfull occuper toute la place qu'elle mérite.
Guitares légères, bien souvent acoustiques, fine pluie de notes de piano, soulignent avec douceur et brio un chant poignant et planant ("Crazy Love", "Before The Poison").
Débarrassée de ses oripeaux d'antan devenus inutiles, Dame Marianne se décide enfin à aller à l'essentiel, sans détour, sans s'égarer, même s'il faut pour cela accepter certaines réalités un peu dures, certaines vérités un peu impures ("There Is A Ghost"). Mélancolique sans jamais être tragique, Faithfull semble ici continuer de donner inéluctablement de grands coups de rame dans le grand fleuve de la vie, elle qui a à peu près tout vécu, tout connu (le pire comme le meilleur), qui a enterré la plupart de ceux de sa génération, rescapée (malgré elle) d'une époque d'où on ne sortait que très rarement vainqueur. De "Mystery Of Love" à "Last Song", on sent l'implacable et infinie solitude de celle qui a regardé les autres partir sans ne jamais pouvoir rien y faire, de celle restée là un peu par hasard, un peu par erreur.
L'atmosphère est ici volontairement plus intimiste qu'à l'accoutumée, offrant à l'ensemble une élégance et une pudeur qui forcent le respect. Sans jamais sombrer dans le pathos ou la facilité, Marianne Faithfull garde au contraire la tête haute, fière et tenace ("City Of Quartz", pamphlet contre les injustices du monde moderne dont elle signe les paroles), à l'image de cette pochette réalisée par Mondino où elle pose dans un chaleureux boudoir aux tons ocre-orangé, écartant ses bras comme une fée déploierait ses ailes pour protéger cette petite fille allongée sur ses genoux, tout en nous dévisageant d'un regard inquisiteur et perplexe.
'La plus grande groupie du monde' (ainsi l'appelle ce cher Elmo ! lol) nous offre (enfin) l'album que l'on n'attendait plus vraiment de sa part, passionné et touchant, sincère et aventureux. Certes, elle pourra remercier ses 'nouveaux amis' qui lui ont taillé ici du sur-mesure ; il n'en demeure pas moins que Before The Poison envenime son auditeur d'une grâce ténébreuse, d'une tendre et douloureuse pudeur.