Attahk
- Label : Seventh
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 19/12/1977
Que s'est-il passé en 1977 ? Difficile de vous dire, j'étions pô né. Mais musicalement, quelques infos quand même: Queen sort son fabuleux News Of The World avec les désormais classiques "We Will Rock You" et "We Are The Champions" (mais c'est pas les meilleures de l'album, loin de là...). Du côté des Floyd, Waters commence à virer aliéné mégalo sur le cynique Animals...
Bref, une année pas vide concernant la scène musicale. Surtout pour le combo de Chrisitan Vander : finis les délires expérimentaux de plus de vingt minutes: Magma "vulgarise" ses sonorités et ouvre ses portes à un plus large public, en enregistrant un nouvel opus dans le château d'Hérouville de septembre à novembre 77. Bien évidemment, beaucoup d'oreilles prudes se sont offusquées devant cette ?entartete musik' au langage incompréhensible (mais tu peux pas comprendre-euh, c'est du kobaïen!).
Tant pis pour eux... Parce que cet album-là est un vrai petit bijou.
Sept morceaux constituant un concept album des plus nobles qui soient. Voilà comment il commence: "The Last Seven Minutes" entre en fanfare avec une batterie déchaînée et un riff de guitare assassin. Ce morceau semble retracer tout ce qui fut produit par le combo depuis la sortie de Kobaïa en 1970. Chaque minute serait donc la rétrospective d'une année? En tout cas, la voix de Vander subit une véritable métamorphose entre le début et la fin de ce morceau. Passer d'un vrombissement fantomatique à des cris suraigus propre à la transe de Joliet Jack dans les Blues Brothers; on dira ce qu'on voudra, mais 'faut le faire!
Puis vient "Spiritual", sorte de gospel toujours aussi allumé. Le début semble prévoir une plage assez calme. Que nenni, mes amis! Vous êtes chez Magma, pas chez Delerm! Vander part encore une fois dans des délires vocaux aux accointances Klaus-Nomiennes, avec derrière lui des choeurs tout aussi enthousiastes. Avec son piano au gimmick implacable, Vander signe ici peut-être le plus beau morceau d'Attahk.
"Rind/ë" sert d'intro à la chanson suivante, où les arpèges lyriques du piano se fondent avec des mélismes de Vander dignes de la Castafiore... "Liriïk Necronomicus Kanht" lui enboîte vite le pas, avec une ligne de basse bien disco, et les plusieurs voix comme chantées avec le nez. Dans l'histoire, c'est apparemment les retrouvailles des deux personnages, Ourgön et Görgo, dessinés par HR Giger sur la pochette; qui sont célébrées dans cette chanson.
La face B commence avec le morceau "'Maahnt", qu'on peut qualifier d'assez effrayant. On croit entendre au début une alarme jouée à la basse, puis qui part en atonal. La batterie installe une énorme tension, qui ne tarde pas à éclater avec ses bruits de monstre répondant au petit Christian tout apeuré. N'empêche que c'est lui qui vainquera le "Diable" (comme c'est stipulé dans l'annotation du morceau). On entend alors des voix bizarres chantonner "Pöôoõm Pooööõm Piiiïdômmmh"... Tout va mieux désormais, on vous assure!
"Dondaï" est un morceau qu'on pourrait qualifier d'hommage à la Motown. Les rythmiques apaisées de la basse et du piano laissent libre champ à la voix toujours aussi délirante de Vander, accompagné de sa femme Stella et de Klaus Blasquiz aux choeurs.
L'album se clôture sur "Nono", au gimmick de basse hypnotique, sorte de marche funèbre et mystique, qui dévoile bien le désir de Magma d'accéder à une musique "céleste". C'est l'aboutissement de plus d'une demi-heure de musique inclassable, parfois un peu kitsch, parfois un peu altérée par l'âge, mais qui confirme et scelle l'avant-gardisme du groupe pour son époque. Puisant ses sources dans le jazz de John Coltrane et Stravinsky, s'apparentant aux tarés des Mothers of Invention de Zappa; Vander entraîne l'auditeur dans des sphères insoupçonnées, parfois un peu bâclées sur cet album, mais profondément jouissives dans l'ensemble.
Un véritable chef-d'oeuvre, que beaucoup considèrent comme le dernier véritable Magma. Les amateurs de Godspeed! + A Silver Mt. Zion, du premier Sigur Ròs, de Mùm ou encore de Mogwai y trouveront certainement leur compte... Alors Hür!