Street Hassle
- Label : Arista
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1978
En 1978, Lou Reed assiste à l'explosion et bientôt la fin d'un mouvement dont il est l'un des principaux parrains, le punk. Le punk qui lui fait revenir à un rock plus brutal, proche des expérimentations d'un White Light/White Heat.
Mais Lou Reed en a fait du chemin depuis le Velvet, passant par tous les stades possibles de la vie d'une icône rock'n'roll. Le poète new-yorkais prend de la distance sur lui-même et sur le star-system. Mordant, ironique, Lou Reed envoie en guise de mise en bouche un décalque avorté de "Sweet Jane" avec "Gimme Some Good Times". Enregistré live en Allemagne comme la quasi-totalité de l'album, Lou Reed se moque par l'entremise d'un dialogue, du mythe qu'il est devenu. La voix est forcée, le groupe joue délibérément mal et le beat est lourd, écrasant. "Dirt" continue exactement dans la même veine et ajoute seulement quelques choeurs R'n'B.
Vient ensuite comme une grosse touffe de poils pubiens sur une soupe tiédasse, la chanson-titre. Poème épique de 11 minutes divisé en 3 parties soutenu par un quatuor à cordes classique. Pouh ! Enorme... Certaines personnes très avisées pensent même que Lou Reed n'a jamais fait mieux que "Street Hassle", période velvetienne comprise. Et franchement, il serait difficile de leur donner tort. Prostitution, drogues, New-York... tous les thèmes fétiches de Lou Reed y sont réunis. A noter que Bruce Springsteen, non crédité, vient lire quelques lignes du poème en fin de chanson.
Alors après ça difficile de faire mieux. Et Lou Reed ne fait pas mieux, bien au contraire. Il nous pond même une des ces bouses monstrueuses dont lui seul a le secret, "I Wanna Be Black". Sorte de boogie informe qui donne la nausée, "I Wanna Be Black" est sensé être une grosse blague mais les paroles sont tellement affligeantes que même Eddy Mitchell y aurait réfléchi à deux fois avant de la chanter. Jugez sur pièce: 'I wanna be black, have natural rhythm Shoot twenty foot of jism too And fuck up the jews'. Que c'est mauvais... Et comme pour confirmer ce qui se profilait depuis le début, à savoir que Street Hassle est un album bancal à l'extrême, c'est un excellent "Real Good Time Together" qui redresse de suite la barre et nous fait comprendre par son influence évidente le pourquoi du "Ode To Street Hassle" des Spacemen 3. Les 3 dernières chansons sont plus anecdotiques, un point tout de même pour "Leave Me Alone".
Inconsistant, alternant le meilleur et le pire de Lou Reed, Street Hassle est un album très difficile à noter. Mais ne serait-ce que pour la chanson-titre, cet album se doit de conquérir toute votre sympathie.