Where You Go, I Go Too
- Label : Feedelity
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 18/08/2008
Difficile d´imaginer que la Norvège pouvait être la terre d'origine d´un revival ital-disco (ne fuyez-pas !). Mais c´est pourtant ce qui se passe grâce à deux hommes : Prins Thomas et Hans-Peter Lindstrøm , les boss du label Feedelity, regroupant un petit cercle d´amis mais dont ils sont les principaux agitateurs. Lindstrøm a créé un genre qui n´en est pas un, et dont il est le seul représentant vraiment connu. Le cosmic-disco, malgré son nom débile, est plutôt bien baptisé. De là à dire que c´est un genre débile, il n´y a qu´un pas que je ne franchirai pas le moins du monde. La musique de Lindstrøm, c´est plus ambiance sauna moite que fjörd ! C´est une étrange musique électronique, très lente et vaporeuse, rêveuse mais acidulée par des effets et bruitages piqués à Giorgio Moroder. Une sorte d´ambient aux sonorités cosmiques, aux tonalités italo-baléariques, un brin psychédélique, bref bien plus qu´une musique de dance-floor. Le disco est plus une référence, un arrière plan que les deux hommes s'amusent à triturer et bricoler pour obtenir quelque chose de décalé!
Where You Go, I Go Too est le premier véritable album de Lindstrøm. Son premier LP n´était qu´une compilations de ses maxis. Et plutôt que de nous resservir la même recette que celle qui a fait son succès, Lindstrøm prend des risques et donne de sidérantes lignes de fuite à sa musique. Jugez plutôt : 55 minutes pour seulement....3 pistes !
Le morceau titre, du haut de ses 29 minutes, est évidemment la pièce maîtresse de cet album. Après une longue intro ambiante, le Norvégien installe lentement un moelleux canevas de percussions et de nappes de synthés. Ca monte doucement mais sûrement, on gravit des escaliers jusqu´à l´espace, pour y trouver un synthé cosmique et mélancolique. On continue de monter très haut jusqu´à une vertigineuse redescente, rythmée par des souffles, avant une dernière montée épique et tendre à la fois. Ce morceau est vraiment excellent. Malgré sa longueur, on ne ressent vraiment aucune longueur, les thèmes utilisés sont assez riches et évocateurs malgré leur simplicité, les progressions sont envoûtantes, et le final est terriblement exaltant. Qui plus est, les tonalités mélancoliques de ce morceau étonnent, Lindstrøm étant plutôt un habitué des ambiances lascives et mutines. Le final est vraiment époustouflant, tellement délicat et touchant!
On enchaîne avec la pièce la plus courte, "Grand Ideas", 10 minutes, et qui décroche la médaille de bronze. C´est effectivement le morceau le plus simple, puisqu´il consiste en une unique montée. Mais la progression est intéressante, grâce à un beau travail sur les percussions, qui sont tour à tour étouffées ou dominantes face aux synthés acides et à la mélodie. Le morceau donne une impression de foisonnement et de mouvement assez déroutante.
On finit avec les 15 minutes de l´excellentissime "The Long Way Home", qui lui aussi révèle une structure somme toute assez simple. L´introduction est vraiment haletante : sur un rythme effréné mais étouffé au point de ne même pas être entraînant, Lindstrøm multiplie les faux départs, tutoie le silence et prend son temps, puis décolle en quelques secondes vers un final psychédélique étincelant, au thème amoureux et rêveur, étiré sur plusieurs minutes avant de s´éteindre dans l´éther. Vraiment très beau, majestueux par moment, mais tellement tendre!
Le pari était risqué pour Lindstrøm : avec des morceaux si longs, difficile de ne pas ennuyer ou sombrer dans la grandiloquence. Mais il évite brillamment ces écueils, en restant fidèle à sa musique, c´est-à-dire des structures relativement simples oú prime la recherche d´émotions. Il élargit sa palette de tonalités et fait preuve d´une belle inventivité, tout en restant accessible. Et on peut vraiment l´écouter autrement que comme musique d´ambiance. Pas dansant pour un sou et encore moins putassier, Where You Go, I Go Too se paie le luxe d'être vraiment beau, un véritable déclencheur d'émotions. Il est recommandé par Lindstrøm pour les voyages en train ou en avion. Mais il est trop modeste : il néglige le pouvoir onirique de cet album, et sa capacité à nous faire voyager dans notre fauteuil.
Et je n'aurai jamais pensé dire ça d'un disque de Lindstrøm (j'avais tendance à le considérer comme un spécialiste des afters perchés), mais je pense que Where You Go, I Go Too a tout pour devenir un véritable classique de la culture électronique. Vivement la suite!