Nineteen Something
- Label : Sub Pop
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 07/07/1998
Enregistré par Kurt Bloch, celui là même qui s'est trouvé à deux reprises derrière les platines des Mudhoney, entre autres, Nineteen Something est sombrement grunge. Un grunge francais qui a la classe, ou des guitares grinçantes, grattantes, électrisantes se déversent a l'infini sur la bande, en une ligne droite semblable à celle de l'horizon ; ce point que semblent fixer les Thugs ; toujours plus loin. En brulot puissant et acharne, Strike avait tout ravagé sur son passage, Nineteen Something remet le couvert, mais pousse plus avant. Les colères sont réminiscentes, mais moins adolescentes, plus matures. Le groupe a vieilli dans le bon sens. Dès les premiers accords, la mélancolie s'agrippe à nous, s'inocule dans nos veines tel un mauvais virus. La musique des Thugs est bien virale, nous vidant de toutes nos émotions, nous laissant KO, sur le carreau.
"Side By Side" laisse a Kurt Bloch la possibilité de s'exprimer avec son orgue. L'ambiance devient alors incroyable, presque surréaliste, nous plongeant dans une profondeur que les Thugs ne semblait pas avoir exploitée auparavant. Echelon après échelon, le groupe poursuit sa route vers la perfection.
"Les Lendemains Qui Chantent" est un manifeste du desespoir. "Il n'y a Que La Mort Qui Tienne Promesse". Paroles d'un négativisme qui rappelle celui de Nirvana et cette désormais célèbre phrase "I'm The Worst On What I Do The Best". On s'englue dans les marécages de la plus infâme dépression. Mais "Never Work Anymore" est tellement énergétique comparée à sa précédente, qu'elle nous soustrait à cette boue collante en nous tirant par la tête, restée par chance encore à découvert. Le riff est couillu et les petits phrases chers aux Thugs brôdent des mélodies qui donnent envie d'y croire encore, jetant à toute volée notre malaise aux oubliettes. "Take Me Away" renoue avec le chant laissé un peu en friche lors de l'album précédent. Ce chant briton conservant son identité française de par l'accent. Les choeurs sont très présents et élargissent l'amplitude de la musique considérablement.
Cet album est en continuelle balance entre des chansons à la dynamique foudroyante, et des morceaux plus ambiants où la tristesse suinte au travers des murs de sons. C'est cela les Thugs, des descentes malheureuses dans les tréfonds de notre être, des réveils en sursaut où l'apitoiement n'a plus sa place.
On est loin du rock garage d'antan, le renouveau est parfait.
Le groupe a probablement sorti cette année-là son plus bel ouvrage en débalant ses tripes à même la table, nous emportant dans ses chutes et ses colères.