Electric Café
- Label : Elektra
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1986
L'ennui avec les groupes qui se servent de leurs albums pour pousser le quidam de base à philosopher, c'est que le jour où ils proposent de la musique qui n'est finalement que de la musique ? aussi bonne soit-elle ? l'amertume ne peut s'empêcher d'envahir la bouche du mélomane adepte de concepts marquants. En la matière, il faut reconnaître que Kraftwerk faisait partie du gratin. Le groupe a souvent su, via une musique totalement en avance sur son temps, se trouver un thème marquant à exploiter exclusivement le temps d'un tour de vinyl. Et bien pas cette fois (bah oui sinon je n'aurais pas commencé ma chronique comme ça, suivez un peu ! ).
Car malheureusement, le temps consacré à pondre une galette n'a jamais été représentatif de sa qualité et les cinq années destinées à mettre au point Electric Café ne l'empêcheront pas de se faire maltraiter par ses frères aînés, indéniablement plus musclés et charismatiques. En replaçant tout cela dans son contexte, on se rend compte que le pauvre rejeton s'est retrouvé sapé de la tête aux pieds de synthés et autres rythmes electros à une époque où tout cela était devenu la norme, que dis-je, le passage obligé pour tout blaireau en mal d'argent résolu à faire de trois mots qui s'emboitent bien le nouvel hymne electro-pop de la radio du coin. Mauvais départ dans la vie me direz-vous. Pour la première fois en effet, Kraftwerk semble avoir perdu cet avant-gardisme qui faisait de la formation un chef de file incontestable de l'électronique. Pourtant, toute mauvaise foi et formules bien senties mises à part, on reconnaîtra que certains morceaux restent agréables et accompagnent efficacement quelques moments de béatitude totalement improductive. On oubliera certes les trois premiers morceaux ("Boing Boom Tschak", "Techno Pop", "Musique Non Stop"), qui sans être inintéressants ne forment malgré tout qu'une succession de rythmiques relativement faiblardes entourées ci et là de bonnes idées. A éventuellement garder pour le dancefloor. Non, le côté sympa de la chose se dévoile au quatrième essai ("The Telephone Call") où le duo, sur des samples de répondeurs automatiques ou de tonalités téléphoniques, pousse la chansonnette autour d'un refrain dansant. Des morceaux suivants on retiendra également ce qui semble bien être des violons et une guitare ("Sex Object") pour le côté 'tiens c'est nouveau ça ! ', et des textes sans déformation electro aucune ("Electric Café") pour le côté 'tiens c'est ridicule ça ! ' (textes en français, oui monsieur ! ). Et ça s'arrête là. Six morceaux pour 35 minutes emballez c'est pesé. Considérant de plus que l'on ne gardera en mémoire que les trois dernières plutôt bonnes, l'album pèse finalement bien peu.
Pourtant, difficile de ne pas mettre la moyenne à cet album qui vous arrachera probablement quelques tapements de pied entre deux beats bien sentis. Mais difficile également de se dire que cet album est une production du duo qui avait pris les commandes de la musique électronique mondiale quelques cinq albums plus tôt, le temps d'une balade sur l'autoroute. Finalement, Kraftwerk nous a signé là un album correct, ancré dans son époque et vierge de tout éclair de génie. Et c'était bien la première fois que Kraftwerk rimait avec contemporain.