Computer World
- Label : Kling Klang
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 01/01/1981
Après le succès, autant créatif que commercial, de The Man-Machine 4 ans auparavant, il n'était pas si évident d'espérer de la part de Kraftwerk un album suivant aussi convaincant !
Comment aborder un album de Kraftwerk sans le situer dans son contexte culturel au sens large ? Car au-delà de l'avant-garde musicale, le groupe s'est toujours démarqué en tant que révélateur enjoué d'angoisses culturo-scientifiques. Lorsque Fritz Lang fait le parallèle Robot = Homme aliéné dans Metropolis dans les années 20, Kraftwerk fait 50 ans plus tard de la cravate noire sur chemise rouge un 'modèle' de look snob-rebel. Tout ceci pour nous amener, non pas à l'album de 1978, véritable précurseur de la tendance 'froide' en matière d'électro soit dit en passant, mais à Computer World, réalisé en 1981.
Ayant écouté l'inégal Electric Café auparavant, j'ai été doublement conquis par ce projet d'une musique qui se voudrait assistée par ordinateur. Car malgré tout ce que veulent bien nous raconter Ralf Hutter et Florian Schneider, leur musique électronique est l'une des plus 'humaines' de cette (future) mouvance. Ils ont de fait une façon artisanale et laborantine (ils éditent leur propre boîte à rythmes par exemple) de composer qui évite l'écueil de l'anonyme ... ou encore celui de 'la musique au kilomètre' pour citer notre ami Guy Marchand !
La comparaison est relative et surtout à dessein, je l'accorde, mais la même année sort l'album Faith de The Cure. Du point de vue concept (le musical étant évident), on note un réel décalage entre la recherche (vaine) d'un secours dans la foi par le trio british, et le regard de 4 pinces-sans-rire allemands porté sur le désenchantement religieux de la société contemporaine et future (relative à l'invasion pernicieuse de l'ordinateur dans les différentes 'entrées' de celle-ci).
Mis à part le titre "Numbers" relevant davantage du manifeste expérimental (unique rythmique ponctuée de chiffres cités en 4 langues européennes), le reste de l'album allie parfaitement recherche sonore et mélodies pop. En se référant aux styles de l'époque on peut même parler des prémices la dance music (New Order et Section 25 seront sur ce terrain 2/3 ans plus tard ). Ainsi, "Pocket Calculator" revendique avec génie un nouveau statut de l'artiste 'composant avec son seul calculateur', une calculatrice faisant office d'arpeggiateur à l'appui : ' I'm the operator with my pocket calculator. I'm handling (...), I'm controlling, I'm composing'. Ce sera évidemment le simple ...
Quant à "Computer Love", titre le plus mélodique du LP, il fait le constat visionnaire de nos prochains rendez-vous informatisés. Plus généralement, cet album est très uni dans ses arrangements. Il faut avouer que les sons de synthétiseur sont peu variés, seulement ils ont l'avantage d'avoir un son : plein, puissant avec une touche de poisse papy ! Sérieusement, la section rythmique possède un timbre tout aussi mat, et le chant-parlé fait tilt tout au long des 7 morceaux. Car c'est fou comme les paroles 'Interpol and Deutsche Bank; FBI and Scotland Yard' peuvent être lyriques.
Computer World se termine alors sur une boucle dégressive aux accents dépressifs (malgré le fun annoncé), que déjà l'envie nous prend de remettre le disque. 34 minutes et 35 secondes, c'est un peu court tout de même ...
Anticipant l'aspect ludique et dansant des sons électroniques comme personne, Kraftwerk signe avec Computer World l'un de ses albums les plus en phase avec son concept de 'Recherches Sonores Dansantes' !