Terraformer
- Label : Hydra Head
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 08/11/2005
Bon, des disques de hardcore féroce tendance sludge comme celui-ci, dans mon cas c'est pas tous les jours... mais s'y remettre de temps à autres peut permettre de se faire une idée de sa résistance à la douleur. Alors, après une bonne petite pelleté de maxis/splits en tout genre et d'albums depuis 1994, Knut nous régurgite avec bon coeur un gros Terraformer à la face. Comme un baiser après une cuite trop récente me dira-t-on, seulement ce quintet est moins abrutissant qu'au premier abord...
En premier lieu, on sent la bonne odeur d'hommage au metal d'antan ("Seattle"), puis surtout l'exercice hardcore tracé à main levé par des musiciens jouant la carte du direct à la mâchoire plutôt que de l'uppercut trop réfléchi. En d'autres termes, pas d'exécutions démonstratives et encore moins de solos has been.
Les guitares sont si pesantes et graves que les gratteux doivent se prendre les pieds dans leurs cordes entre deux morceaux, mais cela ne fait pas de ces gentils helvètes des barbares de la pire espèce. La basse a beau être gluante et adepte de l'auto strangulation, on n'en prêtera pas plus de sobriquets à son propriétaire. Groupe de tendres ? Certes, rien n'est moins sûr... Ce qui est sûr c'est qu'avec une frappe pareille, personne n'aimerait que le batteur s'installe dans le lotissement voisin pour se reconvertir dans l'ouverture d'un cabinet de proctologue (De la baguette à la miche il n'y a qu'un pas, gare au cancer du côlon du côté de Genève !). On sentirait presque le parrainage de Dale Crover, la lenteur de titres comme "Wyriwys" incitant à une comparaison aussi flatteuse. Quant à la voix, si elle n'apparaît que sur un tiers des titres (surtout au début du disque), elle ne manque pas de ponctuer les climax des déferlantes hardcore des morceaux les plus aiguisés ("Kyoto" est en ce sens le parfait exemple pour se faire une idée de la formule des suisses) de sa monomanie pour les épanchements gutturaux désarticulés.
On n'a pas ça nous en France, et un maigre connaisseur comme moi s'autorisera vite fait à penser qu'un groupe comme AqME ferait probablement ce style de musique mûre s'il était bien heavy, mais vu que c'est français on est tenté de traduire : un groupe français reste donc un groupe bien lourd... Bref, toujours est-il que Knut ce n'est pas que du réapprovisionnement en galons de sang pour film gore, c'est aussi et depuis quelques temps de la finesse post-hardcore voire post-rock. De la petite plage d'intro en arpège à la longue outro minimaliste grondante, on nous fait comprendre qu'on peut s'attendre à tout : l'exploration de dissonances guitaristiques aidant à créer de sombres mélodies en guise d'interlude -"Solar Flare" c'est Tortoise avec 10 piges de compèt' de culturisme derrière lui et autant d'années de thérapie qui suivent ; le sludge "Evian" du Deftones débridé de sa pop-, des pièces quasiment inoffensives ("Davos" est bien sage mais menaçant) et même electro ambiant avec l'abstrait "Bollingen". Comme quoi hurler dans un micro et atomiser du conduit auditif par millier depuis plus d'une décennie ne dispense pas d'être intelligent.
Mais qu'est-ce qui vont aux states nous chercher neuf barriques masquées jouant à guignol dans la tenue des éboueurs de mon quartier, alors qu'on n'a qu'à franchir la frontière pour s'en prendre plein l'cérumen !?! N'importe quoi !