Red
- Label : EG
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/11/1974
Annoncé comme le dernier album du groupe avant même sa sortie, Red a vraiment du rendre fou les admirateurs de King Crimson.
La pochette n'est pas restée dans les annales et pourtant... Rares sont les albums à bénéficier d'un emballage aussi représentatif. Trois hommes encadrés à moitié tapis dans l'ombre, du noir, beaucoup de noir, et du rouge. Au dos, un compteur affolé lui aussi dans le rouge...
Ca paraît très bête d'un seul coup mais non, c'est tout un symbole qui se trouve ici. L'album dégage un sentiment d'urgence palpable dès les premières secondes. L'ambiance n'est pas réjouissante. Le concept est là et il est terriblement bien construit.
"Red" chanson titre ouvre l'album. Tonique, tendue, sur la brèche même. On est d'entrée dans le vif du sujet ! Ce morceau est déjà un avant-goût du final mythique qui attend l'auditeur.
S'ensuit "Fallen Angel". Morceau chanté, à priori sans trop de prétentions... Sauf que là aussi on a notre dose de puissance lors d'un refrain accompagné de cuivre, de guitare stridente et d'une rythmique que l'on sent retenue, mais d'autant plus rageuse. Là encore le terrain est balisé pour le final mythique qui attend l'auditeur.
"One More Red Nightmare", troisième morceau, part sur des bases plus dynamiques. A priori ce morceau n'a pas spécialement bien vieilli (à base de 'claps claps' synthétiques du plus mauvais effet). Assez rentre dedans un peu à la manière de la chanson-titre "Red", il contient un chant en contraste avec l'ambiance musicale développée. Il renferme une superbe guitare et un saxophone décidemment bien présent sur cet album... Le morceau se termine par une sorte de court-circuit annonçant peut être le début d'une période d'accalmie. En tout cas, il appelle déjà au final mythique qui attend l'auditeur.
La deuxième partie de l'album s'ouvre par "Providence", une improvisation 'Crimsonienne', mais très ancrée dans l'ambiance de l'album. Ce titre apparaît comme un moment de reprise. Un passage obligé pour prendre un second souffle. Un violon qui tâtonne, une guitare inventive et imprévisible, une basse qui trouve son rythme, un batteur virtuose... Voilà qui constitue une très bonne rupture avec le reste de l'album. "Providence" a pour seul défaut de se trouver juste avant le final mythique qui attend l'auditeur...
Voilà, l'album arrive à sa conclusion. Alors, après une telle débauche d'énergie et cette petite coupure à quoi doit on s'attendre ? "Providence" laisse présager un retour énergique. On attend 5 secondes...
Et là, l'instant est magique, religieux même... La délicatesse se révèle avec "Starless". C'est tout simplement beau. Chacun devrait connaître ce morceau. En réalité chacun le connaît tellement il a été une source d'influence.
La chanson dure 12 minutes, divisées en quatre parties. Je ne tenterai même pas d'en faire une approche tant le moment est sacré. Tout l'album semble avoir été conçu pour préparer cet instant. C'est tout simplement prodigieux...
En 1974, alors que King Crimson disparaissait, il laissait à la musique un témoignage unique, absolument mythique même. Je n'ose imaginer le nombre de personnes qui, à ce moment là, se sont retrouvées désemparées face à une telle merveille. Se disant que King Crimson était à son apogée et que King Crimson aurait du continuer, car ils ne pouvaient que refuser le manque qui allait être le leur. Parcequ'ils étaient tous bien conscients d'avoir vécu à ce moment là, un moment fondamental pour la musique.