What's This For...!
- Label : EG
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/06/1981
Pour l'enregistrement de son premier album éponyme, le groupe avait eu le temps de peaufiner la structure de ses chansons dans les moindres détails. Pour ce What's This For...!, ce ne fût pas vraiment pareil : les musiciens ont été obligés de se précipiter dare-dare en studio à peine la tournée terminée, avec une deadline en point de mire.
Le résultat sonne donc logiquement à l'arrivée, la plupart du temps, comme de bonnes B-sides, échappées des sessions du premier album.
"Fall Of Because", le premier titre de "What's This For", est quant à elle, une entrée en la matière de facture moyenne : le refrain est putassier et soutenu par un son de mitraillette. On n'est guère surpris par ce décorum, la thématique de la guerre ayant été toujours présente de toute façon dans le répertoire de ces joyeux lascars ("Wardance"). Le chanteur Coleman a beau insister pour donner du relief à l'ensemble, il éructe 'Fall of' pendant que son bassiste Youth lui répond 'because' ! Rien n'y fait, la sauce ne prend pas. Le deuxième titre "Tension" permet de rectifier quelque peu le cap, marchant sur les traces de "The Wait" ou "Psyche". L'écoute de ce "Tension" me fait penser que Killing Joke a souvent eu une propension à utiliser le même type de structure pour ses chansons : pour les lyrics du refrain, ils chantent juste le titre du morceau, un point c'est tout. De là à penser qu'il s'agit d'un artifice...
Après ces deux amuse-bouche, on arrive au plat de résistance. "Unspeakable". Ce titre fait enfin basculer cette face A dans une autre dimension, donnant littéralement le bourdon, au sens propre comme au sens figuré. Un son, des plus étranges, accompagne alors constamment la musique, faisant vibrer les enceintes de la hifi. Youth y reprend du poil de la bête, s'affranchissant des réflexes habituels présents chez beaucoup de ses confrères de l'époque. Sa ligne de basse est féline et vraiment classe. La production atteint largement le niveau des arrangements du premier disque.
"Butcher" poursuit sur le même élan, avec son ambiance lunaire. Pendant le refrain, le son de basse avec effets flanger et chorus à la clef, fonctionne à merveille. La ligne mélodique est très "Ceremony"-esque (du pur Peter Hook).
Je précise que je connais ce disque depuis des lustres et c'est pour moi criant aujourd'hui, il y a un fossé énorme entre leur premier album - qui est soit dit en passant un véritable coup de maître - et celui-ci, quelque peu bancal.
Mais sur ce deuxième opus, tout n'est pas à jeter aux orties pour autant, loin de là.
"Follow The Leaders" est par exemple un hymne en puissance, une tuerie absolue qui annonce le potentiel futur du groupe à composer des morceaux catchy dans des versions longues. Ceci permet de séduire plus facilement le chaland dès le départ et une fois attrapé... Quand un groupe a trouvé un bon filon, il l'exploite souvent jusqu'au bout. (cf: 'Love Like Blood', composé quelques années plus tard).
"Follow The Leaders" réussit aussi de grands écarts. Une boîte à rythme mise en exergue par une batterie des plus inventives, Ferguson avait décidément un sacré jeu de baguettes... Un jeu de basse, avec des couleurs reggae, un peu incongru mais pas trop... et une mélodie simple et efficace. Elle est d'ailleurs martelée inlassablement en boucle durant tout le morceau. Difficile donc pour l'auditeur de ne pas succomber d'entrée de jeu à cette rengaine et je ne mets pas ici pour une fois une connotation péjorative dans ce mot.
L'épique 'Madness' est censé ensuite nous faire sombrer dans une douce folie mais celle-ci n'est pas tout à fait convaincante. A titre comparatif, il ne boxe pas dans la même catégorie que "S.O. 36".
Vient enfin ce qui aurait pu être le morceau le plus intéressant de ce disque, le quasi-instrumental "Who Told You How", avec ses arrangements singuliers et son motif unique, répété à l'envi avec à chaque fois des variantes inventives savamment distillées au compte goutte. On atteint là un sommet. Hélas, il s'agit d'un plagiat manifeste du classique "Very, Very Hungry" du chef d'oeuvre My Life In The Bush Of Ghosts. Je suis d'ailleurs étonné que Killing Joke n'ait jamais été poursuivi en justice par Eno et Byrne. Ceux-ci ont probablement dû se dire (à l'époque) que décidément Killing Joke était un groupe très réactif, leur propre disque n'étant sorti que quelques mois avant le leur.
En 1981 après trois ans de dur labeur, Youth tête pensante et arrangeur hors pair, quitta le navire et le groupe en eut la tête sonnée. ("The Hum").