Sketches For My Sweetheart The Drunk
- Label : Columbia
- Format : Compilation d'inédits / CD
- Date de sortie : 07/05/1998
Sketches For My Sweetheart The Drunk regroupe ce qu'aurait pu être la suite de Grace, si l'on considère qu'il puisse y en avoir une.
21 morceaux sur deux disques, dont le premier, uniquement composé de chutes de studio, le deuxième regroupant des prises live, et le travail perso de Jeff sur son quatre-pistes. Ca commence comme dans un rêve, comme si on attaquait un nouvel album du maître. "The Sky Is A Landfill" noisy à souhait, puis une déconcertante "Everybody Wants You", mystérieux voyage dans les années Motown, absolument génial !!
"Nightmare By The Sea" marquera l'auditeur au fer rouge. Incroyable. Un petit arpège chorusé et une batterie tribale nous projettent dans l'espace. C'est d'une simplicité parfaite, d'un talent et d'une inspiration inouïs. Mais les mots viennent à manquer lorsque arrive "Yards Of Blonde Girls" langoureuse ballade grunge. Merde, c'est fou... Pas une faute de goût, pas un moment qui ne captive totalement l'auditeur.
Beaucoup plus pop, les morceaux sont aussi plus joyeux, ce qui dénote particulièrement de l'image du chanteur. Si l'ambiance poisseuse des studios new-yorkais nous colle à la peau, Buckley s'amuse quand même sur des morceaux comme "Witches Rave" à nous coller le sourire. Inhabituel.
On replonge vite, heureusement. Glauque, aérienne, "New Year's Prayer" nous invite pour un voyage mystique à la destination inconnue. "Morning Theft" nous dépose avec délicatesse au sol. La sérénité semble ici s'atteindre via le chant d'une âme torturée et nostalgique. Le registre harmonique déployé par Buckley est volontairement plus classique que sur Grace. Les influences si habilement mélées qui caractérisent le seul album de l'artiste, éclatent ici au grand jour. Mais les chansons souffrent d'un manque évident de profondeur, de travail musical, de temps. "Vancouver" évoque la pop des 80's et "You And I" clôture le disque, nous laissant à nos regrets. Un disque incroyable. Quel dommage pour le rock et pour la mémoire de Buckley qu'il soit sorti dans ces conditions.
Résolument marketing, la démarche de Columbia et des personnes en charge de la diffusion du travail de Buckley, a été d'y adjoindre un deuxième disque regroupant 11 morceaux inachevés. Des premières versions studios de "Nightmares By The Sea" et " New Year's Prayer" pour commencer. Inutile. "Haven't You Heard" souffre d'un qualité sonore pitoyable, reste à considérer qu'il s'agit d'une prise live. La chanson elle-même est à l'image de ce que l'on va rencontrer sur le reste du disque, des morceaux qui suscitent l'intêret mais résolument trop "neufs" pour accrocher réellement l'auditeur.
Mais on sonde par leur biais l'âme de Buckley, on pénètre son univers intime, et "Murder Suicide Meteor Slave" comme "Back In N.Y.C", laissent entrevoir une facette incroyable du presonnage, son incroyable versatilité et son sens aigu de l'arragement. Le résultat en studio aurait pû (dû ?) être exceptionnel. "Your Flesh is So Nice" vaut le détour pour... ce qu'elle aurait pû être, elle aussi.
L'occasion pour certains de se familiariser avec le matériau d'un artiste ou d'un groupe, la base d'une chanson : les premiers accords jetés sur un quatre piste. L'occasion pour les fans les plus atteints de vénérer l'oeuvre du maître quelques minutes de plus. Manque de pot... c'est chiant.
Vous l'aurez compris. Procurez-vous par quelques moyens obscurs le premier disque, gardez vos sous pour l'album d'un autre qui lui, a besoin de vos thunes pour continuer à avançer, et cherchez ailleurs. Buckley est derrière nous, mais la musique a plus que jamais besoin qu'on la consomme intelligement.