Grace
- Label : Columbia
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 23/08/1994
Jamais album n'aura si bien porté son nom.
Sorti en 1994, Grace est comme une météorite tombée par erreur sur Terre, qui révèle aux oreilles abasourdies de la petite planète rock un jeune homme encore un peu timide, un certain Jeff Buckley (fils de Tim, s'il est encore nécessaire de le préciser).
Après s'être rodé dans les clubs new yorkais pendant plusieurs années, Buckley pose enfin ses compositions sur bandes, et l'on a presque peine à croire que l'on a réussi à vivre jusqu'à ce jour sans n'avoir jamais entendu cette voix. Dés les premiers chuchotements de "Mojo Pin" qui survolent quelques notes de guitares distillées avec pudeur, les aiguilles de la pendule suspendue au mur de votre chambre semblent s'arrêter de tourner et un parfum d'intemporalité infiltre votre environnement. Alors arrivent les notes électrisées de "Grace" qui vous font basculer du côté du sublime transcendant et qui pour ma part, continuent toujours de me faire frissonner. 'This is our last goodbye / I hate to feel the love between us die' ; sur ces mots s'ouvre "Last Goodbye", qui rendrait presque la rupture amoureuse belle et poétique.
Buckley côtoie la perfection avec un naturel déconcertant, et il n'y a pas un morceau sur cet album qui ne soit pas touché par la grâce divine. Et cela, on le doit à la fois aux qualités quasi innées du garçon en tant que musicien et que chanteur, mais aussi à son perfectionnisme connu qui transparaît ici comme une évidence. Un peu plus loin, comme une caresse, "Lilac Wine" vous enivre d'une douceur mélancolique portée par un chant maîtrisé de bout en bout. Les mots me manquent d'ailleurs pour évoquer ensuite "Lover, You Should've Come Over" ou "Dream Brother".
On a souvent dit de Jeff Buckley qu'il était un écorché ; mais il est surtout un musicien passionné dont la fragilité exacerbée transpire à travers chaque note et chaque souffle.
Enfin, il serait parjure de parler de Grace sans s'arrêter un instant sur la reprise de L. Cohen "Hallelujah", mystique et totalement habitée, qui finit de conduire le petit Buckley au royaume des génies incandescents. Nous, on n'a pas fini de regretter que cet album soit à jamais sans suite.