A Bird On A Poire
- Label : Labels
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 31/08/2004
Après un Lilith décevant et une prestation scénique consternante (et que sa mégalomanie affichée ne faisait qu'accentuer), j' attendais plus grand chose de Murat.
Je le voyais se ringardiser à vue d'oeil, et ça faisait de la peine de l'entendre se vautrer dans ses folks-songs de bas-étage, barboter dans ses blues à vous découvrir une vocation pour la surdité.
Alors quel étonnement à l'écoute de son dernier album !
Moins autiste qu'il ne le laissait paraître, il a sans doute compris qu'il commençait à tourner en rond musicalement, et que son écriture seule ( dont la qualité ne s'est jamais démentie, même sur Lilith ) ne suffisait pas à séduire les plus exigeants de ces auditeurs.
Il a donc ici délégué la composition à son bassiste et ami Fred Jimenez, se focalisant quant à lui sur les textes, la guitare et le chant, accompagné dans cette dernière tâche par Jennifer Charles d' Elysian Fields.
Les trois acolytes nous livrent donc ici une douzaine de morceaux mi-classe mi-kitsch, d'une belle diversité de rythmes et de couleurs, allant de la comptine ("Petite Luge") à la chanson la plus effrontément pop ("Le Temps Qu'Il Ferait"). Le son est excellent, les mélodies pertinentes ; les voix sensuelles au possible, et les textes plus beaux et plus fruités que jamais.
Mi-plouc mi-dandy, Murat se plaît tout au long de l'album à jouer, aux côtés de Jennifer, le rôle du vieux charmeur un rien lubrique ( comme Gainsbourg ou Lee Hazelwood avant lui ), et il faut bien avouer que ce rôle lui va comme un gant.
Avec sa bande il s'amuse à explorer toute la palette des émotions amoureuses, passant de l'enchantement à la tristesse, sur un ton toujours drôle et désinvolte, comme pour nous rappeler que la mélancolie n'est jamais aussi belle que mêlée à un sourire. On n'oppose aucune résistance à ces pop-songs parfaites et frivoles à souhait ( "Le Temps Qu'Il Ferait", "Mashpotétisé",etc ... ), on est ému quand le chagrin s'installe sur "Gagner L'Aéroport" ou sur "Elle Etait Venue De Californie" ; et l'alternance joliement dosée de ces émotions parallèles, nous ravit d'un bout à l'autre.
Les fines bouches jugeront quelques titres moins réussis, mais on pourra les passer sans problème puisqu'on trouvera toujours mieux sur la plage suivante ( par exemple, en ce qui me concerne, je zappe systématiquement "Tu N'Auras Pas Le Temps", sachant que "Elle Etait Venue De Californie" et "Petite Luge" trépignent d'impatience derrière ).
Tout ça pour dire que cet album de Murat a de quoi surprendre et de quoi séduire. Son apparente légèreté arrive en effet, l'air de rien, à toucher quelque chose de plus profond qu'il n'y paraît, de beau, de déchirant ; de proche et d'irréel ...