Ghosts Will Come And Kiss Our Eyes
- Label : Constellation
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 10/09/2007
Entre ses différentes pérégrinations, du folk flippant (Molasses) aux expériences angoissantes (Set Fire to Flames), Mike Moya continue son aventure post-rock "dépouillé" avec Hrsta, entouré cette fois-ci de Brooke Crouser (Jackie-O Motherfucker), d'Harris Newman, guitariste montréalais atmosphérique à souhait et toujours du fidèle Eric Craven, officiant également chez Hanged-Up ou ASMZ.
Parlons-en de l'atmosphère justement. Ghosts Will Come And Kiss Our Eyes persiste dans l'univers cotonneux, éthéré et presque cristallin de Mike Moya. D'où la peur soudaine qui nous prend aux premières écoutes, nous, auditeurs, sentant venir la recette facile répétée sans cesse par ce label gonflant de talents qu'est Constellation. Mais c'est justement sans compter le talent de l'ex-membre de "Godspeed You! Black Emperor" qui arrive, malgré tout, à tisser avec toujours autant de facilité des paysages sonores désertiques, ou plutôt désertés (Beau Village), où l'ambiance glaciale nous emporte, où les lignes suraiguës de sa guitare nous rappelle sans cesse à l'ordre, un peu comme si on était ramené de force, tiré par le bras, dans cette station balnéaire, illustration photographique principale et centrale de ce nouvel album.
Hrsta, ou comment faire sonner l'accordéon, instrument type de la guinguette, comme vecteur potentiel de profonde dépression nerveuse (l'ouverture de l'album "Entre La Mer Et L'eau Douce") ; ou comment reprendre une chanson des frères Gibb (Holiday) qui n'a, à la base, rien de funèbre, en nous la faisant sonner de manière incantatoire. Tout le talent de Mike Moya réside ici. Mille et une fois plus doué que ses camarades de Constellation pour développer des ambiances venues d'un autre monde avec un minimum de moyen, Moya profite de ce troisième effort pour pousser son folk psychédélique à son paroxysme. Naviguant sans cesse entre des oxymores déglingués, il ne cessera de nous surprendre, notamment avec ce magnifique "Hechicero Del Bosque", où sur le final, sa voix androgyne se mélangera inexorablement avec des lignes de guitares majestueuses et sur un orgue digne des premiers Doors ; rapidement suivi par un "Saturn Of Chagrin" d'un lugubre à faire pleurer sa guitare à la manière d'un loup désespéré, Mike Moya nous prouve, malgré les frayeurs des premières écoutes, qu'il est toujours un des musiciens les plus talentueux de la clique de Montréal.