Live Through This
- Label : City Slang
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 12/04/1994
C'est l'histoire de la ballerine fragile sur le livret de l'album, qui tourne quand on ouvre la boîte à musique. Et qui se tait soudain l'instant d'après, écrasée dans l'obscurité. Lorsque "Live Through This" sort, cela fait quelques jours que Kurt Cobain est mort. Avril 1994... Toutes les télés du monde sont braquées sur Nirvana. Les clips du groupes passent en boucle. L'encre coule, terriblement. Grunge is dead. Cette fois-ci c'est vrai.
Et puis il y a cet album de la veuve Love. Qui parle encore de Nirvana. Qui rappelle irrésistiblement les sons crasseux, quelque chose de cassé dans la voix, des refrains furieux. Un disque empoisonné. Qui crie, qui crie, qui crie. Le dernier pavé de l'édifice ? ou est-ce un mausolée? ? grunge. Avec une femme folle pour hurler des mots tranchants, une junkie toute taillée de cicatrices. Le dealer déambule ("Credit in the straight world")... On croit d'abord à une sucrerie ("Softer, softest"), finalement le bonbon est imbibé d'héroïne, d'amertume et de colère. Courtney est un peu une riot grrrl. Plutôt du genre allumeuse, un peu poupée grunge, diadème sur la tête, résolument insupportable, garce invariable. Et ça lui réussit. Cobain est derrière ce disque, cela s'entend. C'est rugueux et râpeux, Courtney Love s'époumone, ultime "Miss World" qu'elle est. Elle griffe. N'épargne personne, et surtout pas les hommes. Le corps de Jennifer vole en éclat ("Jennifers Body"), l'amant brandit son couteau en répétant "Je t'aime". Il y a là des poupées démembrées, des paroles haineuses lancées comme des crachats. Des femmes qui se taisent, des bleus au coin des yeux. Quelque chose de malsain, d'oppressant. L'album débute avec l'époustouflant "Violet", enjôleur et sale tour à tour. Violet : la couleur du ciel juste avant la violence et le premier éclair. Puis déferlent les autres morceaux. Du "Miss World" candide au "Rock Star" hystérique, ponctué du rire nerveux de Courtney. Voix calme dans les couplets, ouragan dans les refrains. Ou tempête de bout en bout, à l'instar du très cru "Plump". "Live Through...", les guitares sont parfois innocentes, jamais longtemps : la machine s'emballe soudain, le c?ur rose est transpercé et c'est l'acide qui suinte.
Car des c?urs s'épanouissent sur le disque et à l'intérieur de la pochette... Ainsi "Live Through This" était une déclaration. Mais pas d'amour. Non : de haine.
Sûrement le meilleur album du groupe, fielleux et sublime.
La boîte à musique est close.
Silence.
La danseuse se replie dans le noir.