Aftertaste
- Label : Interscope
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 18/03/1997
Jorge Luis Borges a écrit dans son enquête "La pudeur de l'histoire" que les événements les plus influents de l'Histoire ne sont pas forcément les plus spectaculaires. Cela, qui est vrai pour l'histoire politique et sociale, l'est peut-être plus encore pour l'histoire artistique. Ainsi, pour tout le monde, le grand disque à être sorti en 1997 s'intitule OK Computer. Je suis d'accord. Mais ce n'était pas le seul.
L'autre, c'est Aftertaste.
Tout comme Radiohead, Helmet nous offrit alors son meilleur album. Exit les habituelles coupures de rythme et production dans l'urgence, Page Hamilton délaisse tout cela (ainsi que la recherche sonore de l'excellent Betty) pour prendre une direction plus pop, sans pour autant tomber dans le mainstream. Attention, ce n'est quand même pas du Supergrass : c'est de la pop à la Helmet. Ecoutez "Renovation" et vous comprendrez. Certains ont appelé ça du metal alternatif. Pourquoi pas. Bref, toujours ces guitares mémorables au service de riffs qui ne le sont pas moins ("Pure", ou le début d'album idéal, "It's Easy To Get Bored"), des chansons plus lourdes comme "Exactly What You Wanted", des solos géniaux ("Driving Nowhere", "Harmless"), des pépites de hargne ( "(High) Visibility" ou "Diet Aftertaste") et des rythmes plus lents, soutenus par une guitare déchaînée défoncée aux calmants sur "Like I Care". "Insatiable" voit Page Hamilton cracher sa haine des rock stars qui se la pètent (non, on ne pense à personne...). Enfin, cerise sur le gâteau, l'énorme "Crisis King" en dernière piste : du pur délire. Un de rares disques au son lourd à se montrer passionnant de A à Z.
D'accord, Aftertaste est quand même cent fois moins marquant que OK Computer (pour reprendre ma comparaison, et éviter tout malentendu). Mais il a eu son influence : tous les groupes de metal post-1997 ont usé cet album jusqu'à la corde (d'ailleurs, il serait temps que ces crétins de néo-métalleux reconnaissent Helmet comme leur parrain), Bowie a eu recours à Page sur sa tournée de 2002, Trent Reznor l'a invité à jouer sur The Fragile.
Peu ont été verts lorsque le groupe s'est séparé. Peu ont été heureux quand il s'est reformé l'an dernier. Il y en a vraiment qui n'ont pas le succès qu'ils méritent.