Lucky Jim
- Label : Triple X
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1993
En 1993, le Gun Club n'intéresse plus grand monde. Il n'y a guère qu'en Europe et notamment aux Pays-Bas où est enregistré cet album, que le groupe de Jeffrey Lee Pierce suscite encore une certaine excitation, toute mesurée. Lucky Jim, réalisé sans le guitariste Kid Congo Powers, s'avérera être le dernier album du Gun Club.
De retour de différents voyages en Asie (continent qui le fascinait à la fin de sa vie), Jeffrey Lee Pierce composa les 11 chansons de Lucky Jim dans un état d'esprit oscillant entre nostalgie et regrets, le tout enrobé d'une profonde dépression. Si Pastoral Hide And Seek comportait déjà quelques grands moments de déprime, Lucky Jim est l'album de la complète désolation: 'It was foolish to be alive It was foolish in a foolish time' ("Idiot Waltz"). Et à moins de s'appeler Townes Van Zandt ou Ian Curtis, on réussit rarement à rendre un tel pathos engendré magnifique. Lucky Jim est sans doute de ce fait le seul album non indispensable du groupe.
Bien sûr, si Lucky Jim a ses moments creux un peu trop profonds pour prétendre s'aligner sur le reste de la discographie (parfaite) du Gun Club, il possède aussi ses moments de gloires. Des rocks furieux aux solos décharnées qui rappelle que Jeffrey Lee Pierce redécouvrait à cette époque Jimi Hendrix ("A House Is Not A Home", "Ride") mais surtout de belles ballades plaintives faites pour chialer ("Lucky Jim", "Kamata Hollywood City"). En l'absence de Kid Congo Powers, Jeffrey assure guitare rythmique et guitare lead. Lui qui penchait de plus en plus sur scène vers le guitar hero, s'en donne à coeur joie sur Lucky Jim. Et bien que ses idoles guitaristiques soient Tom Verlaine et le Voodoo Child, son meilleur fait d'arme le rapproche de 'Dieu': "Anger Blues" est un long blues lancinant dans la plus pure tradition claptonienne, quand celui-ci déprimait avec les Derek & The Dominos. Très belle conclusion pour cet album malade.
Un album de fin de règne presque parfait en la circonstance. La flamboyance ne pouvait être de la partie avec un Jeffrey Lee Pierce aussi faible, que ce soit mentalement ou physiquement. Sur ce plan-là, il ne cessera d'aller de mal en pis. Malgré un traitement médical très lourd, de nouveaux projets enthousiastes (son autobiographie Go Tell The Mountain achevée, il s'intéressait de plus en plus au hip-hop, avait repris contact avec Kid Congo Powers...), Jeffrey Lee Pierce mourra 3 ans plus tard des suites d'une hémorragie cérébrale. Ses fans et proches organiseront une cérémonie bouddhiste en sa mémoire à Los Angeles. Rebaptisé pour l'occasion Shaku Chi Ken: 'le disciple de Bouddha qui possède la vision et la sagesse'. Mouai... pas sûr pour la sagesse... En tout cas on attend toujours ici bas qu'il se réincarne...