Veckatimest
- Label : Warp
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 26/05/2009
Après un premier opus intitulé Yellow House le quatuor de Brooklyn pointe de nouveau le bout de son nez avec ce Veckatimest. L'album, apparemment très attendu, s'est déjà vu submergé par un flot de louanges toutes plus dithyrambiques les unes que les autres.
Veckatimest c'est avant tout un album complet, plutôt cohérent, comportant un ensemble de pistes foutrement bien agencées. Dès le début le ton est donné avec "Southern Point", on y retrouve les grandes tendances qui seront développées dans le reste de l'album. A savoir: des ch?urs abondants, une progression décousue, un rythme précaire, une basse parcimonieuse, des cacophonies instrumentales etc. Grizzly Bear y impose donc son style. Style qui d'ailleurs sera difficile à appréhender; nombres de personnes pourront légitimement abandonner très vite l'exploration de cette ?uvre. Pourtant avec la deuxième piste "Two Weeks", le groupe se veut charmeur. Ce petit single autiste et superbe est une indication donnée par le groupe. Ils nous tendent un trousseau de clés, à nous de trouver la bonne pour entrer dans leur demeure.
La suite de l'album va tenter de magnifier individuellement toutes les aptitudes aperçues jusqu'ici. "All We Ask" nous entraine dans une zone apaisée, grâce à ses arpèges rappelant Jeff Buckley. Tout devient plus aérien, plus clair. "Fine For Now", peut-être le meilleur titre du disque, reprend cet univers mais le décline d'une façon différente. Ces titres sont très denses, trop peut-être ? Pour ma part Grizzly Bear ne tombe pas dans la surproduction, il semble bien que le groupe possède naturellement cette classe et ce son si évident. Les arrangements sont parfois clairement mis en avant, mais on ne tombe jamais dans la grandiloquence ou dans l'excès de zèle. Tout s'accorde merveilleusement dans cette bulle que veut créer le groupe. Les ch?urs par exemple, omniprésents comme je l'ai dit au début, nous ramène dans les contrées oniriques des Zombies. Ils forment des petits dialogues murmurés plutôt qu'un grand chant choral comme on peut l'entendre chez Fleet Foxes. C'est ce genre de petits détails, à la fois cachés et évidents, qui donnent de la personnalité à cette musique fondamentalement sobre et timide.
Le reste de l'album est de cet acabit, les pop songs toujours efficaces dans une certaine mesure ("While You Wait For The Others" ; "Cheerleader") côtoient les titres plus aventureux et complexes ("Ready, Able" autre masterpiece de l'album avec "Fine For Now"). On pourrait noter une petite baisse de régime avec "Hold Still" mais celle-ci se noie vite dans l'ensemble.
Grizzly Bear est donc un groupe ancré dans son époque tant par le style que par son approche musicale; on pourrait ainsi les inscrire dans la lignée des Whitest Boy Alive, Animal Collective ou bien des Fleet Foxes. Pourtant ils s'en détachent naturellement, et ça se sent. Chez eux rien n'est forcé; tout n'est évidemment pas sublime et d'une profondeur insondable (bien qu'il y ait de ces moments dans le disque), mais au contraire les mélodies légères et superficielles jouent agréablement bien avec les rythmes incontrôlables et les envolées instrumentales toujours latentes. Reste une dernière interrogation qui peut planer sur la musique des new-yorkais : Ce style atypique et sélectif ne serait-il pas simplement issu d'un vide créatif et d'une incapacité à écrire des chansons ? Selon moi la réponse est non, car ces quatre-là produisent une musique qui me transporte, à la fois dans ce monde cloisonné qui est le leur mais également d'autres lieux où chaque note est réminiscence, où chaque refrain est une exploration.