Fuzzy
- Label : Slash
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 23/02/1993
Difficile de qualifier la musique de Grant Lee Buffalo. Mélange de country-music et d'un rock noisy vraiment très abouti, l'ensemble est chargé d'une émotion très particulière.
D'abord il y a cette voix. La voix. Grant Lee Phillips, (excellent) guitariste-chanteur, s'impose et surprend. Hors des tonalités et des phrasés vus et revus, il y a cette voix sombre, parfaite, d'une justesse implacable dans les aigus comme dans les graves, magnifique. L'album demarre énergiquement avec "The Shining Hour", son crade, batterie swing à souhait, piano tout droit sorti du pub du coin. Phillips est un véritable schizo de la guitare, il navigue entre folk, slide, noise, et riffs qui tuent, toujours excellent. "Fuzzy" et ses harmonies vocales parfaites nous emporte complètement, ça y est, dès lors on est accoudé au comptoir d'un pub miteux, bottes et chapeau obligatoire !
Puis aprés la splendide "Wish You Well", vient la première ballade de l'album... "The Hook". Merde alors... les frissons et tout le toutim... impossible de dire pourquoi 3 accords un arpège splendide et un p'tit coup de slide me font cet effet... "The Hook" bascule l'auditeur dans un monde d'émotions dures mais terriblement honnêtes, et ce n'est que le début... "Solf Wolf Tread" et son slide torturé remet du gaz et "Stars And Stripes" nous berce avec douceur, et toujours cette voix, envoûtante et juste belle, chuchotante... La magie prend de nouveau. Partant de rien, le groupe arrive à instaurer un mur de son, un bloc d'harmonies magnifiques.
"Dixie Drug Store" maintenant. Toute la versalité de la voix de Phillips apparaît portée par un swing parfait, tantôt cette voix dans les aigus extrêmes, tantôt ce chant grave presque parlé... C'est impressionnant, il se ballade, sans qu'on ne sente jamais de limites, parfaitement épaulé par ses compères. L'album s'emballe (mais pas les tempos) avec "America Snoring", noisy et lourde, ultra efficace, comme si le groupe venait de (re) découvrir l'overdrive... Beaucoup plus écorché que les précédentes, "Grace" poursuit dans cette voie. Avec sa basse distordue à mort, la chanson est une autoroute noisy et Phillips se lache ; de nouveau on se prend un mur d'énergies, d'émotions, droit dans la gueule !!! L'album se clôture sagement avec une ballade langoureuse "You Just Have To Be Crazy" magnifique et simpliste, là où "Grace" était très arrangée et très fouillée (fouillie ?? Sans doute mais c'est ça qu'est bon !!)
Ca y est, c'est fini, on arrête de rêver d'espace, de vertes plaines, et on revient à la grisaille avec une seule envie, saisir sa gratte !!!
Magnifique, triste et décalé, je ne sais pas, je ne sais plus... Splendide... Splendide, tout simplement.