Plastic Beach
- Label : Parlophone
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 08/03/2010
Après cinq ans d'absence, le démon Albarn recommence ses singeries avec Gorillaz en nous proposant un voyage extatique sur une île composée d'un amoncellement de déchets largués par notre humanité en péril : Plastic Beach.
Cinq années, c'est long. Entre temps, Ecologie est devenu un mot à la mode mais une activité toujours aussi peu pratiquée, les Etats-Unis ont élu un président noir, super héros malgré lui, pensant que la réalité rejoindrait la fiction de leurs films, les banques ont pleuré pour obtenir de l'argent sous couvert de crise alors qu'il y a peu, elles crachaient encore leur capitalisme déshumanisant à la gueule des populations et le forum d'Xsilence est devenu une école du cirque du pauvre sponsorisée par Youtube.
On ne peut donc pas dire que nos existences se soient améliorées ici bas, sauf peut être si vous êtes un adepte de la vente de votre propre âme ou corps, selon votre sexe. Alors quand on nous propose de rempiler avec la bande virtuelle créée en 2001 par Albarn et le génial dessinateur Hewlett, on veut bien jeter un ?il et une oreille sur cette île de plastique qui, finalement, a la même matière que les sentiments générés par nos boîtes à cons.
De Gorillaz, on retient en priorité des singles ultra accrocheurs (Clint Eastwood et Feel Good Inc en tête), mariages improbables entre le rap, la pop et l'électronique, l'indé élitiste et la masse attentiste, le commercial et l'original. Pour le petit nouveau, on attendait donc un encrier de la trempe des sus cités et c'est Stylo qui s'y colle. Une basse ultra simpliste qui soutient le titre tout du long, un accompagnement electro qui monte en puissance, le retour de la voix désabusée de Damon sous les traits du personnage 2D, et bien sûr les prestigieux guests qui apportent une patte rap pour Mos Def, une soul pour Bobby Womack, une burnée pour Bruce Willis (cf le clip). Pas vraiment convaincu par l'écriture du morceau au départ, mon cerveau se l'est rapidement accaparé pour finalement y laisser une trace indélébile. Pas de doutes, on est bien entre les mains expertes qui nous avaient bercées à l'époque de Gorillaz et Demon Days mais les paumes se sont creusées, la peau est moins douce et l'étreinte plus lâche. Heureusement la passion est toujours là, c'est bien l'essentiel.
Ce premier single bien en main, il était temps d'écrire l'album dans son intégralité, de découvrir non sans apriori les différentes collaborations tape à l'?il annoncées.
Après un court voyage introductif composé de cris de mouettes sponsorisées par Veolia et d'un orchestre rodé, c'est la voix de Snoop Dogg qui nous accueille la première sur l'île de plastique. On peut être fan ou non du personnage et de son phrasé, le titre dégage un charme qui ne se révèle qu'après plusieurs écoutes, le temps de distinguer les petites mélodies qui le parsèment et d'apprécier à sa juste valeur le travail effectué par notre chien sodomite. White Flag mélange plutôt astucieusement instruments traditionnels arabes et rap de comptoir, pas la plus marquante cependant malgré sa qualité technique. Rhinestone Eyes est le premier morceau sans collaboration, du Gorillaz pur jus nourri aux beats accrocheurs et à la voix blurienne. On en redemande !
Superfast Jellyfish est la blague de l'album, dénonçant au passage la malbouffe et tirant parti des capacités élastiques de l'organe de De La Soul entre autres.
Puis on rentre dans le lourd ; Les titres qui suivent, Empire Ants et Glitter Freeze, sont tous deux des expériences musicales, très différentes l'une de l'autre, mais d'une qualité et d'une portée à couper le souffle une fois digérées. La première met en avant la voix magnifique de Yukimi Nagano des Little Dragon sur ce qui doit être la plus belle mélodie de l'album. Et dire que je me suis surpris à considérer Glitter Freeze comme la pire chanson jamais faite par le groupe lors de ma première rencontre avec la déclamation de Mark E Smith !
Du lourd toujours mais niveau collaboration cette fois avec l'entrelacement des voix de Damon et ... Lou Reed. Telle une piqure d'héroïne, on prend un pied monstre la première fois en entendant cette voix gorgée de souvenirs et on devient dépendant tout en sachant pertinemment que ce n'est quand même pas très bon.
Vient ensuite une pause "electro Blur" de deux titres qui charment l'oreille avec des paroles dans l'air du temps, aérant une musique attachante au sens premier du terme. Broken notamment résonnera encore longtemps dans votre mémoire de mélomane, aussi chargée soit elle. Sweepstakes singe les Black Eyed Peas mais en mieux, grâce à la tête et la voix de gorille du très présent Mos Def, tandis que l'éponyme Plastic Beach est portée par le duo guitare/basse distordu des physiquement déformés Mark Smith et Paul Simonon ex-Clashs. Encore un partenariat en or sur le papier qui au final se révèle mois doré que prévu tout en restant un bon moment.
Le retour des voix magiques de Yukimi Nagano puis Bobby Womack avant la clôture de l'album a mis du temps à me transporter mais Damon Copperfield et son instrumentation minimaliste difficile à saisir aux premières écoutes ont eu raison de mon scepticisme. En parlant de clôture, Pirate jet, bien que sympathique, n'a pas la portée du final éponyme de Demon Days mais reste pourtant bien ancrée dans le sable de notre plage et conclut de manière intéressante le voyage musical.
Impossible d'être complet sur cet album sans parler de l'extraordinaire travail accompli par Hewlett sur l'aspect visuel qui accompagne Plastic Beach. En regardant le dvd de l'édition limitée, on se rend compte bouche bée que l'île de la pochette n'est pas une ?uvre graphique due aux miracles de la PAO mais bien une maquette façonnée de toutes pièces et dans ses moindres détails. Le shooting s'est ensuite fait avec effets de lumières pour obtenir le jour/nuit des différentes éditions. Mentionnons également le site internet Gorillaz.com qui accueille de son côté un jeu d'aventure permettant de découvrir les secrets de cette île décidemment bien accueillante.
S'évader en compagnie de véritables artistes, loin de cette industrie musicale soit trop exigeante, soit trop formatée et qui semble ne plus contenter personne, voilà l'effet que procure Plastic Beach, à condition d'avoir de la patience car les gorilles sont devenus plus difficiles à capturer.
Mais une fois dans la cage de votre cortex, leur éclectisme et leur aura auront raison de vos réticences premières. A découvrir "Right now" !