Hot Rats
- Label : Bizarre
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 10/10/1969
Frank Zappa chapitre 2. Les Mothers écartés encore une fois le temps d'un album, Zappa allait enregistrer avec ce disque une extraordinaire pièce musicale.
Alors la première question, pour cerner l'album est "dans quel genre classer ça?" On croise par ces temps, des amateurs de musique des années 70, qui ont cru intelligent de classer Frank Zappa dans le progressif. Remettons les pendules à l'heure : le rock progressif n'est qu'un style appartenant à une époque, une époque où il était de bon ton, lorsqu'on avait un groupe, de ralentir le tempo, d'imposer des introductions de quelque demi-douzaine de minutes et de privilégier la qualité instrumentale au détriment de la qualité d'écriture : on s'éloigne du rock et de la pop tout en s'approchant d'influences plus anciennes (classique, musique du moyen-âge et délires de fumeur d'herbe) et au final, qu'obtient-t-on ? Des groupes comme Magma, Pink Floyd, King Crimson, Yes, Genesis, Jethro Tull, etc., bref de la musique de baba-cools post soixante-huitard qui est aujourd'hui très difficile à écouter, et très dure à accepter notamment lorsqu'elle enfante des groupes pleurnichards et endormant au possible (Coldplay, Radiohead et autres Muse). Tous ces groupes ayant bien entendu un talent de composition très limité (pour les meilleurs) voire inexistant (pour les plus mauvais : qui écoute encore Emerson Lake & Palmer de nos jours ?). Or cet album n'a rien en commun avec le Rock progressif des groupes cités. Afin de cerner cet album, on dira qu'il s'agit d'un mélange de Jazz et de rock, bien que certains moments élargissent la palette d'influences.
L'album est enregistré à l'aide d'un enregistreur 16 pistes, Zappa ayant une vision titanesque de l'affaire (en comparaison, les Beatles ont du se contenter d'un 8 pistes pour Abbey Road, enregistré en même temps), espérant bien enregistrer la pièce musicale parfaite d'une synthèse entre le Jazz et la musique plus moderne, le rock. Les instruments sont nombreux, et vont de la guitare (les solos de Zappa sur des chansons comme "Son of Mr Green Geenes" font partie des meilleurs jamais enregistrés) aux violons (le français Jean-Luc Ponty en joue sur "It Must Be A Camel") en passant par des nappes de clavier toutes plus inventives les unes que les autres, tout ça composé et orchestré par un seul homme, fan de Stravinsky, Varèse, de Jazz et de musique concrète. Tout le génie de cet homme est résumé dans cet album, à écouter en boucle, il renferme comme beaucoup d'albums de Zappa énormément de secrets, des notes que l'on remarque plus tard et qui collent parfaitement toutes ensembles.
L'album commence par "Peaches In Regalia", un morceau instrumental (comme 4 des 5 autres titres de l'album) plutot court (par rapport aux autres), néanmoins l'un des plus grand morceau de Zappa et l'un des meilleurs instrumentaux jamais enregistrés. Ca sonne très ortiental et c'est normal, Zappa utilise beaucoup la gamme pentatonique (les touches noires du piano) surtout sur le solo, pourtant joué à la guitare. Et oui, Zappa ne compose rien à l'oreille, c'est un théoricien à rapprocher des compositeurs classiques dans la manière de créer la musique.
Willie the Pimp (Willie le proxenete) suit, commence par un riff de violon assez groovy, suivi par un chant du Captain Beefheart en personne, le grand ami et frêre d'arme de Zappa. Le tout se termine sur une succession de solos tous plus inventifs et uniques les uns que les autres, comme toujours avec Zappa. On peut regretter par contre que le niveau technique semble parfois écraser l'émotion que l'on peut ressentir sur d'autres solos de l'homme à la barbichette carrée.
Vient ensuite le plus grand morceau de l'album, "Son of Mr. Green Genes", un morceau assez long qui sonne très glorieux... Le son y est parfait, les solos de guitare de Zappa tiennent ici du pur génie, à écouter une fois ne serait-ce que pour comprendre et admirer l'art de Zappa, qui décidément, lorsqu'il ne parodie pas les modes, ne fait rien comme tout le monde. Cette chanson est une grande pièce musicale, avec un thème principal qui revient plusieurs fois, et entretemps des solos de guitare, de claviers, du saxophone, et une rythmique réellement puissante.
La suite, "Little Umbrellas" est une composition purement Jazz, avec une gestion et un son de clavier novateur que Miles Davis allait bientot s'attribuer.
Le plus long morceau de l'album (près de 17 minutes), "The Gumbo Variations" fonctionne comme "Mr Green Genes", plusieurs variations (comme son nom l'indique) autour d'un même thème annoncé par une ligne de basse qui aurait pu devenir un classique du genre. Ici on assiste à un duel Guitare électrique/Saxophone, tout ceci sur une rythmique devenant de plus en plus lourde (plus heavy) au fil du morceau. Tout ceci ne s'étant par ailleurs jamais entendu à l'époque.
L'album se termine par "It Must Be a Camel", titre énigmatique pour un morceau qui ne l'est pas moins. La manière d'utiliser les percussions est assez unique, le morceau groove gentiment et conclut parfaitement l'album.
C'est donc cet album, l'un des moins difficiles d'écoute de Zappa, album que je conseillerais à tout le monde pour découvrir l'artiste mais aussi pour découvrir des émotions nouvelles, un son et une manière de composer unique, l'un des meilleurs si ce n'est le meilleur album instrumental (presque totalement instrumental) jamais sorti, ainsi qu'un des meilleurs albums de tous les temps, toutes catégories confondues.