Film School
- Label : Beggars Banquet
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 24/01/2006
Ce sont des spirales de guitares qui accueillent l'auditeur à l'écoute de cet album qu'on n'avait pas venu venir et qui marque pourtant les esprits d'entrée (l'intro bizarroïde et envoûtante).
On sent chez ce jeune groupe de Californie le désir de ne pas céder à la facilité. Les ponts distordus joignent des mélodies inouïes au travers de crevasse psychédélique à faire pâlir de peur le plus impétueux des équilibristes. Parce que Film School c'est avant tout un désir incessant de monter en altitude pour ensuite mieux redescendre en flèche ("Brake") ou bien brouiller petit à petit les pistes à grand renfort de saturations ("Sick Of The Shame"). On voyage bien loin. Et c'est là que le groupe se démarque tant des autres.
Ces chansons deviennent vite des assauts soniques visant les délires les plus abstraits sans jamais tomber dans la confusion. L'épique single "On & On" balance ainsi entre plusieurs ambiances, tantôt en apesanteur, tantôt flamboyante. Les guitares soniques de "Harmed" ou du fulgurant "Breet" s'additionnent pour donner ce qu'il faut de puissance et de créativité à un ensemble très personnel, erratique et aussi un peu fougueux. C'est frénétique par moment comme envoûtant aussi. Les mélodies prennent le temps de pénétrer cette atmosphère sombre si particulière dont semble s'être entiché le groupe avec un malin plaisir. On retrouve une grâce éthérée toute particulière sur des morceaux tels "PS" qui subjugue et impressionne. Il y a tant dans ce quatuor là. Du culot, un amour pour les saturations et une maturité au-delà de la moyenne.
Les altitudes stratosphériques sont souvent atteintes au cours d'envolées du plus bel effet, tout en superposition et enrichissement progressif. Ainsi "11 : 11" se révèle particulièrement époustouflant par sa dimension apocalyptique, tout en crescendo et chant illuminé, montant en puissance progressivement.
Tout est versatile dans ce jeu: les digressions, rappelant plusieurs fantômes, le tricotage de guitares jusqu'à une joyeuse pelote de saturations, les chants mi-doux, mi-obscurs, les effets stroboscopiques. Et entre semi-ballades sombres ("Like You Know") et titres sismiques ("He's A Deepdeep Lake"), il y a toujours de la place pour une certaine majesté mélancolique, bouillonnantes et indomptables.
Impossible de reprendre son souffle tant ce disque nous tient en haleine de bout en bout de manière lancinante.
Une expérience spirituelle, instinctive et charnelle qui renoue avec les vertus euphorisantes du rock.