The Power Out
- Label : Too Pure
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 03/02/2004
En ce début d'année 2004, voilà quatre petites anglaises qui déboulent l'air de rien avec un second album (produit par Steve Albini s'il-vous-plaît) "The Power Out", particulièrement intéressant et qui mérite qu'on y prête une -voire les deux- oreille(s). Faisant suite à "Rock it to The Moon" LP entièrement instrumental sorti en 2001, "The Power Out" marque tout de suite une nette évolution au sein d'Electrelane par l'apport du chant confié à Verity Susman. Et quelle surprise que d'entendre la voix de la demoiselle en français sur le premier titre "Gone Under Sea", un instantané power punk qui plante bien le décor. Chez Electrelane, les rythmiques sont souvent basiques, relativement linéaires et répétitives, mais tendent petit à petit vers une montée en puissance bien sentie. C'est ainsi le cas sur le très réussi "On Parade" et son riff entêtant, où la voix de Verity Susman entre chant parlé et petits cris limite sexuels, laisse planer tout son charme et séduit par son côté approximatif, voire réellement faux. Et puis d'un coup, on tombe sur "The Valleys" et là, on se demande si quelqu'un n'aurait pas à votre insu remplacé votre CD dans le lecteur par celui d'une chorale de nonnes ! "The Valleys" mêle une voix féminine démultipliée à celle de Siegfried Sasson samplée sur "A Letter Home". Complètement mystique et très atmosphérique, ce morceau est assez déconcertant à la première écoute, mais l'on finit par lui trouver une certaine grâce dans ce lyrisme décalé venu de nulle part. De toutes façons, Electrelane aime l'éclectisme et il n'est pas question d'essayer de schotcher la moindre étiquette à ces jeunes filles. De-ci de-là, on pense évidemment au Sonic Youth de la fin des années 80 ("Birds, "Take the Bit Between your Teeth"), à Kim Gordon et son Free Kitten, à Kim Deal aussi par moment pour le chant ; des influences que se reconnaissent les quatre anglaises mais dont elles savent se détacher pour se lancer dans des envolées soniques puissantes et inattendues. "The Power Out" est comme un petit voyage où s'entremêlent textes en français, en anglais, en espagnol (l'électrisant et dépaysant "Oh Sombra !" qui reprend un sonnet de Juan Boscon), et en allemand (le religieux "This Deed"), tout cela avec une surprenante cohérence. Les ambiances sont certes hétérogènes ce qui peut laisser perplexe au départ, on ne résiste tout de même pas bien longtemps à cette palette de couleurs, cette diversité des climats, y compris lorsqu'on dérive vers des paysages électro noisy parcourus par des synthés venus d'une autre époque ("Love Builds Up", "Only One Thing is Needed").
La fin de l'album est à regret un peu moins captivante que la première grosse moitié, notamment le dernier titre "You make me weak at the knees". Mais enfin, "The Power Out" fait quand même très plaisir à écouter et nous laisse à penser que de l'autre côté de la Manche, tout n'est pas perdu.