Shootenanny !
- Label : Dreamworks
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 03/06/2003
J'ai l'honneur d'être le premier à chroniquer Eels sur le site... on va s'appliquer ! Je parle d'honneur parce que le monsieur E (leader incontesté du groupe) est un sacré bonhomme. Un peu le symbôle du rock américain des années 90, une sorte de grand oncle de Grandaddy, dont l'état d'esprit serait bien résumé par cette petite phrase bien sentie de J. Lytle : "I would like to say that i deeply love the usa, his farms and landscapes, but i really fucking hate Deubeuliou". L'univers de E est celui d'une Amérique rurale, profonde mais qui touche par sa sensibilité et sa simplicité.
Après un premier album surtout remarqué par les critiques, Beautiful Freak et ses perles pop, E s'attache à nous décrire un monde plus mélancolique, et plus personnel aussi ; le constat d'une période difficile sur le plan personnel, en fait. Et il trouve alors une vraie marque de fabrique : l'association de belles mélodies naives et de paroles sombres, voire dépressives : le cocktail est détonnant et marche à merveille, notamment sur l'album Electroshock Blues, (suivi de près par son petit frère Daisies Of The Galaxy, dans le même esprit).
Puis le petit américain à lunettes se transforme en terroriste rock en revenant avec l'excellent Souljacker, qui sent la botte, la paille, et surtout le vrai rock'n roll, bien rèche.
Shootenanny! est à la croisière de tous ces mondes : on y retrouve l'évidence pop du premier, la mélancolie des deux autres, et le son direct du dernier. Certains diront que l'inspiration de E s'étiole, d'autres y verront un album vraiment abouti. Quant à moi, qui ai toujours eu beaucoup de respect pour le brave gars, sans pour autant être un fan de la première heure, je me contente de constater: Eels est l'oeuvre d'un américain comme on aimerait en voir plus souvent, plein de finesse mais un peu âpre, qui construit ses chansons comme un véritable artisan, avec amour et méticulosité.