Worst Case Scenario
- Label : Island
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1994
Depuis quelques années maintenant, la Belgique nous envoie son lot de belles surprises. Un peu à l'image de l'Islande, avec ses Björk, Mùm et autres Sigur Ros, cette contrée, Anvers en particulier, que l'on imagine reculée, isolée, voir déconnectée, est l'épicentre d'une création alternative, active mais discrète, en tous cas décisive, l'air de rien. Petit à petit, elle impose ses groupes sur la scène internationale, scène indépendante certes, mais quand même, Arno, Venus... Mais le gros lot, c'est dEUS, emmené par Tom Barman depuis le départ de Rudy Trouvé. Le groupe aura permis l'explosion d'une multitude d'autres formations, Zita Swoon, après que Steph Kamil Carlens a quitté le navire, Millionnaire avec Tim "ex-Evil Superstar" Van Hammel à sa tête (qui avait, par ailleurs, accompagné dEUS sur la tournée de The Ideal Crash).
Détenteurs de quelques succès critiques, avec In a bar under the sea et The ideal crash, il convenait de revenir sur la genèse de ce groupe et donc sur ce premier album, The worst case scenario, album dans lequel les dés du rock de dEUS sont jetés. Toute l'esthétique de cette poignée d'iconoclastes est ici esquissée. Violons stridents, guitares saturées, batterie imposante, voix acérées et superposées pour un chant encore plus complexe, encore plus puissant aussi. Que ce soit dans la fureur de Suds and soda, dans la fièvre de Morticiachair, dans la fulgurance de Shake your hip ou dans le calme de Right as rain, dans la sournoiserie de Mute, dans la douceur d'Hotellounge.
Ce qui nous amène, de manière fortuite ou préméditée (qui sait?) vers le point crucial, vers le centre névralgique du groupe,vers ce qui anime dEUS et qui d'album en album est de moins en moins latent et de plus en plus flagrant. dEUS est un groupe à la sexualité débridée (ceux qui gardent For the roses au fond d'une de leurs poches comprendront) et de fait, leur musique ne peut être réduite à une vision romantique et torturée de l'existence comme en ont parfois souffert The Smiths ou Nick Drake. Dans ce premier opus, dEUS se permet de verser dans la sensiblerie, dans l'utopisme, et dans le sentimentalisme avec des Secret hell, des Lets get lost...parce que des Via, des Worst case scenario existent, sans craindre d'être taxés de tendres rockers sans épaisseur, sans coffre, sans volume. Et ce parce-que l'épaisseur est au rendez-vous sur chacun des quatorze morçeaux de l'album, comme le coffre et le volume. dEUS règle toutes les questions d'ambivalences dès le début, tout en se ménageant des sorties de secours (pour l'heure, inutiles), des recoins de ruses et de fourberie, chose qui n'est pas pour nous déplaire!