Trans Lines Appointment
- Label : Big Cat
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 27/05/1993
Trans Lines Appointment est l'unique album qu'a sorti Deity Guns, un groupe originaire de Lyon, avant que ses membres ne se séparent pour des horizons divers (deux d'entre eux formeront Bästard, qui est nettement plus connu).
Produit par Lee Ranaldo de Sonic Youth (avec Wharton Tiers au son tant qu'on y est), la filiation avec le groupe new-yorkais est évidente. Dès la première écoute de l'album, ça saute aux oreilles : ces gars là ont bouffé du Death Valley 69', du Brother James ou encore du I Dreamed I Dream.
Si cette influence transatlantique est indéniable, il est bon de préciser que la musique de Deity Guns n'est pas celle de Sonic Youth. On retrouve des ingrédients de base : guitares dissonantes, basse énorme, batterie sauvage à la Bob Bert, voix hurlantes ou plaintives, mais le résultat est assez nettement différent pour que l'on puisse reconnaître aux lyonnais une identité propre.
Ceci posé, oublions Sonic Youth ('Oui ! Oui !' me hurle Kazu Makino à l'oreille) et intéressons nous à Trans Lines Appointment.
On rencontre sur cet album des stridences furieuses de vaisseau spatial déglingué lancé à pleine vitesse dans un champ de météorites, des grondements sourds de pans de montagne s'effondrant au loin, des râles, des chuchotements étranges portés par un vent de lande implacable s'insinuant dans la moindre ouverture pour atteindre la surface de la peau ; des moments de calme inquiétants, peuplés de tintements cristallins, de bruissements de feuilles fossiles, de messages radio inaudibles, de durs rires féminins. Mais le calme de Deity Guns s'apparente à l'oeil du cyclone, un endroit où l'on ne peut rester indéfiniment : bientôt une main rêche vous happe brutalement pour vous projeter à nouveau dans la tourmente, impuissant, débris parmi les débris ; l'accélération est foudroyante, et la prise de conscience de l'effroyable vérité, fulgurante: le champ de météorites cachait un trou noir géant. Les couleurs environnantes s'effacent une à une pour laisser la place à un bleu toujours plus uniforme, intense et glacé à mesure que la vitesse augmente, que le tissu de l'espace-temps s'étire, s'étire, s'étire jusqu'à... se déchirer.
Vous l'aurez compris j'espère, cet album est exceptionnel, à en perdre ses poils de hérissement. Le mot qui m'est venu à l'esprit quand je l'ai écouté pour la première fois est : terrifiant.
Essayez, vous verrez... (Si je ne mets que 19, c'est qu'aucun album ne vaut 20).
PS : Cet album ainsi que les EP's de Deity Guns sont épuisés depuis un bon moment, et les recherches sur le net ne donnent rien à part 2 exemplaires d'occasion aux USA...