White Pony
- Label : Maverick
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 20/06/2000
Toujours à la recherche de nouvelles pistes sonores, Deftones officialise clairement avec son troisème album l'importance prise par Delgado. White Pony, avant d'être un nouvel album de Deftones, est un disque d'ambiances.
La base est toujours là, toujours identifiable à la première seconde. Mais les modèles sont à nouveau bouleversés et la complicité de Carpenter à la guitare et de Moreno au chant tourne à la lutte de pouvoir. Plus Carpenter joue sur des attaques orientées metal, plus Moreno prend un malin plaisir à faire son Michael Hutchence.
"Feiticeira" ouvre et c'est un festival d'idées nouvelles, incroyablement tendu. Et le couperet tombe ensuite sans appel avec "Digital Bath". L'Alpha et l'Oméga du groupe sont ainsi exposés sans fard, et il faudra s'y faire. Rétrospectivement, rien n'indique que Deftones explorera le sillon bruitiste creusé avec Adrenaline.
L'attitude, si elle est plus qu'honorable, là où d'autres s'échinent à copier/coller leurs spécificités (qui a dit Korn ?), reste déconcertante. White Pony semble jouir de balayer des repères déjà ténus; d'ailleurs ces repères ne sont rien moins que l'identité sonore du groupe, toujours aussi spécifique, mais en évolution perpétuelle donc.
Je suis moi-même encore aujourd'hui extrêmement perplexe à l'écoute de cet album. J'apprécie les morceaux les plus brutaux ("Feiticeira", "Elite", "Korea"...) non pas parce qu'ils sont brutaux, mais parce qu'ils sont brillants, inventifs et bien écrits. Mais une bonne moitié de cet album me laisse totalement tiède. Le travail de production est impeccable, et il faudrait être d'une mauvaise foi phénoménale pour ne pas reconnaître la remise en question et la volonté d'avancer du groupe. Mais les ambiances froides sont pour moi incompatibles avec ce qui fait tout le sel du combo.
Ce troisième album restera donc pour moi l'étape où le groupe perd de son intérêt à mes yeux, sans toutefois que je puisse m'empêcher d'y revenir régulièrement. C'est une énigme sur laquelle je me penche encore avec assiduité. Il est à la fois le plus apprécié par les auditeurs n'ayant connus Adrenaline qu'a posteriori. Mais il est aussi le virage qui fait que beaucoup des fans de la première heure ont lâché le groupe en route.
Un cas d'école donc.