Monomania
- Label : 4AD
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 06/05/2013
9 novembre 2010. Votre serviteur se rend chez un buraliste afin de feuilleter quelques revues musicales. Tiens, voyons celle-ci (tchhh tchhh pas de marques). Ah, ce groupe obtient une note quasi-parfaite. Deerhunter ? Connais pas. Une chronique élogieuse et une phrase m'interpellent. Je cite ladite revue : "Il y a aussi et surtout "Desire Lines", soit une des chansons les plus droguées aux antidouleurs et obsédantes qu'on ait eu l'occasion d'entendre." Alerte dans mon cerveau : "Mais ça c'est ma came les morceaux obsédants !! Allé hop je tente le coup, j'achète Halcyon Digest et qui sait, peut-être qu'il ne sera pas trop mal ce disque." Je ne savais à quoi m'attendre ce jour-là...
C'est suite à ce postulat de départ que je vais vivre une des plus belles addictions musicales de ces dernières années, un nouveau coup de c?ur et surtout la découverte d'un groupe important. Et oui, c'est seulement sur le tard que j'ai fait la connaissance de Deerhunter. Mais la récompense est merveilleuse. Cet album est arrivé à point nommé dans ma vie. C'est exactement LE disque qui me fallait à ce moment. Tout y était, ce côté poisseux, la mélancolie palpable, une voix possédée, des compositions vraiment fortes. Et surtout, ce fameux shoot étiré sur près de 7 minutes, "Desire Lines", jusqu'à l'obsession, quasi-quotidienne à l'époque. Bref, un grand merci à la vie qui m'a dirigé vers ce magazine ce jour-là. J'apprends dans la foulée que cet album a déçu les puristes. Trop pop peut-être, trop Atlas Sound aussi. Qu'importe, je ne connais pour le moment que celui-ci. Et il m'habite totalement.
Mai 2013. Je me suis largement rattrapé depuis. La discographie de Deerhunter/Atlas Sound n'a plus de secrets pour moi. Indécrottable, je place toujours Halcyon Digest au panthéon du groupe. Mais je suis fébrile à la sortie de Monomania. Suis-je forcément condamné à une terrible déconvenue, ayant porté son prédécesseur aux nues ?
C'est tremblant que je lance l'écoute (et je vais rester tremblant, mais ça j'y reviendrais) : Si la richesse mélodique de "Neon Junkyard" nous offre là une belle ouverture, la suite peut inquiéter quelque peu.
Car la très noisy "Leather Jackett II" enchante moins. Il faut remonter à leur premier opus pour se rappeler que Deerhunter au début, c'est du punk bruitiste (Qui se repasse souvent "Death Drag" ? Ah ? Personne ?...). Ce morceau purement garage est, pour être poli, aussi oubliable...Malgré une attaque prometteuse, ce final strié d'effets saturés est tout bonnement désagréable...
Mais c'est peut-être moi qui suis une gonzesse, bousculé par tous ces larsens qui offensent ma petite sensibilité ? Bref, c'est crade, ça envoie, c'est rock'n'roll, je leur laisse donc le bénéfice du doute.
La transition avec "The Missing" est cependant plutôt intéressante. Après cette éprouvante conclusion, la batterie millimétrée de Moses Archuleta et la voix apaisante de Lockett Pundt parviennent à évacuer les acouphènes manu-militari. Ok, on a l'impression d'entendre une face-b de Lotus Plaza, mais c'est tout de même un morceau pop de belle facture (Lockett est un grand compositeur... Ecoutez donc son titre "Come Back" ou l'album Spooky Action At The Distance ...)
"Pensacola" et son rock collant et balourd arrivent donc en quatrième position. On ne reconnaît pas forcément le groupe de prime abord et honnêtement ce n'est pas des plus inspirés. Pas foncièrement mauvais, juste un étonnant penchant country ( ? ) sans grande saveur. Bref, je tremble toujours, miné par la perspective d'une grosse désillusion lorsque ma chaîne recrachera le cd.
Ah, "Dream Captain" accroche un peu plus l'oreille et me sort de la fébrilité. En fait, cette cinquième piste est l'amorce d'un très très grand enchaînement. Jusqu'à la douzième piste, c'est un Deerhunter en grande forme qui va nous accompagner au bout du voyage. Ouf!
Après la ravissante "Blue Agent", dont le refrain rappelle l'entame de "Famous Last Words", voici le moment tant attendu : la chanson qui donne un put*** de smile.
Le voilà le coup de c?ur, la tuerie qui met tout le monde d'accord. De petits arpèges qui s'égrènent gentiment en intro, un Bradford toujours aussi insaisissable faisant une naïve apparition, mais surtout une section rythmique groovy à souhait totalement addictive nous transperce ensuite à 3 reprises. "T.H.M" est un classique instantané, à inscrire parmi les meilleurs du groupe. C'est simple, pur, la mélodie est géniale (le côté léger mais désabusé sonne terriblement juste), bref on se dit à ce moment-là que le disque est vraiment rentré dans une bonne dynamique depuis quelques morceaux.
L'imparable "Sleepwalking", juste derrière, confirme totalement cette impression. Très surf, innocente dans ses premiers instants ... Et puis, à 1mn53, on tombe à nouveau amoureux. Ces "Can't You See Your Heart, It's Hard Now" célestes, portés par une instrumentation fabuleuse qui s'élève en douceur, donnent le tournis. La frustration gagne sur ces trop courtes 3 minutes de bonheur, mais n'est-ce pas la marque du génie?
Les tremblements de stress ont miraculeusement laissé place à des tremblements, ô combien plus enchanteurs : ceux de l'émotion, de la libération, du sentiment rassurant de retrouver un groupe tant chéri capable encore du meilleur.
Le rythme (cardiaque) ne faiblit pas sur la très Strokes "Back To The Middle", dont les 2m38 nous trottent inlassablement à l'esprit, guitares altières en tête...
Dans le titre éponyme, crado jusqu'à l'os, les Américains réitèrent une formule éprouvée en étirant la coda sur plusieurs minutes, véritable marque de fabrique du groupe (on se souvient tous des chefs d'?uvre aux outros répétitives "Fluorescent Grey", "Circulation", "Nothing Ever Happened" par exemple). Cox, sous un déluge de guitares, plus entêté et tourmenté que jamais, n'est plus très loin de la folie. Pour notre plus grand bonheur, même si la saturation guette encore en toute fin.
Quant à l'étrange ballade "Nitebike", anecdotique et probablement enregistrée en une prise (quelques couacs en témoignent), elle ne vaut pas l'immense "Sailing", mais la sincérité peut toucher, si bien que l'on veuille rentrer dedans. Enfin, la douce et magnifique clôture "Punk (La Vie Antérieure)" s'envole posément, nous accompagne vers des contrées extatiques où le temps semble suspendu, avant de laisser réapparaître un silence affreusement pesant. L'envie de replonger dans le disque se fait immédiate.
Pour conclure, en s'efforçant de trouver l'objectivité qui me fait souvent défaut tant Deerhunter fait partie de mes "groupes-préférés-que-j?aimerai-toujours-et-dont-c'est-dur-de-dire-du-mal", le très dense Monomania peut venir grossir fièrement la discographie de la formation. Peut-être sera-t-il placé moins haut que ses prédécesseurs dans l'étagère la faute à un démarrage laborieux, mais le -tout neuf- quintet prouve qu'il a encore de la mélodie fabuleuse dans les cartons.
Allé c'est bon, l'histoire d'amour peut continuer...