The Next Day
- Label : Columbia
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 11/03/2013
Voulions-nous vraiment un nouvel album de David Bowie ? Voulions-nous vraiment écouter quelque chose de nouveau de la part de celui qui ne cessa de créer, même dans ses heures les moins glorieuses ? Au fond, les auditeurs de Bowie avaient tous un peu peur, à des degrés différents, du poids réel et symbolique que pouvait apporter ce nouvel album à une oeuvre déjà constituée et semblant pour nous tous figée à jamais. Surtout que The Next Day fait allègrement référence au passé, dans la symbolique encore une fois (la pochette) comme dans ces sons dont Bowie n'aura jamais réussi à se dépêtrer, ce son et ces rythmes, si caractéristiques du bonhomme, naviguant entre la pop et le blues.
Aux vues de tous les signes et symboles que Bowie met à disposition dans ce disque, la question qu'il faut peut-être se poser est : cet album, ne le voulait-il pas plus que nous ?
Le principal problème de Bowie est l'héritage qu'il a lui même créé (symbolique encore, et musical, que ce soit la multitude des albums mythiques enregistrés ou les personnes et groupes découverts, poussés, produits, encouragés, enfantés, adoubés...). Créant de toute pièce sa légende, Bowie, à l'annonce d'un nouvel album, se retrouve alors avec le poids d'une montagne sur le dos (qui se serait trouvée peut-être trop lourde à porter si l'album avait été annoncé plusieurs mois à l'avance). Mais l'art du détournement qu'il maîtrise encore si bien lui permet de continuer à créer et de surprendre tout en modelant ce passé. La surprise est bien ce qui caractérise The Next Day. La surprise d'entendre cette voix si envoûtante ; la surprise d'entendre une musique anachronique qui ne ressemble strictement à rien de ce qui se fait dans les années 2010 ; et la surprise d'être ému. Dans nos têtes, des ponts sont alors bâtis entre The Next Day et les deux extrémités de sa très longue discographie ; de Ziggy Stardust (avec cette partie batterie à la fin de "You Feel so Lonely You Could Die") à Reality (la pop de "How Does The Grass Grow" par exemple) en passant et en insistant bien évidemment sur Heroes et la Trilogie Berlinoise. Cette pochette, ces titres, cet incessant va et vient, cette navigation temporelle entre un glorieux passé et le jour d'après, ont le principal effet de nous confronter à des exercices de styles dont nous sommes, finalement, peu habitués. Quelle gloire passée peut se targuer d'envoyer un disque de cette qualité sans crier gare après dix ans d'absence? Peu, sans aucun doute. Par son contexte de création, par sa place dans l'histoire de la musique et de l'évolution de celle-ci, The Next Day devient alors une sorte d'objet hybride, non pas d'un artiste re-visitant simplement son passé mais bel et bien mais d'une personne ayant un désir de création le dépassant. Ça en est d'autant plus émouvant.