A-Z
- Label : Beggars Banquet
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 02/02/1980
Le premier album solo de Colin Newman aurait dû être le quatrième de Wire. Enregistré sans l'aide de Bruce Gilbert et Graham Lewis (seul donc le batteur Robert Gotobed accompagne Colin Newman), A-Z ne pouvait être en toute logique considéré comme tel par le label du groupe anglais.
Pourtant ce n'eut été en aucun cas un crime si l'album avait été incorporé à leur discographie tant la continuité avec 154 est évidente. La majorité des morceaux a d'ailleurs été composé durant les sessions de 154. Les guitares bourdonnantes sont peut-être un peu moins présentes mais la fougue congelée du punk séminal de Wire se ressent dans nombre de titres : "I've Waited For Ages" ou "& Jury" auraient même pu figuré sur un Pink Flag. Les paroles sont dénuées de tout sens logique et sont prétextes pour Colin Newman à utiliser sa voix hautaine et glacée comme d'un instrument qui s'emballe souvent dans un mode épileptique du plus bel effet : la folie hilare de "S-s-s-star Eyes" vous prend à la gorge et en à peine deux minutes vous fait sortir les yeux des orbites. Génial. Colin Newman n'a pas encore incliné son univers musical vers l'expérimentation à la Steve Reich ou Philip Glass et conserve une morgue punk arty qui fit de Wire un des plus grands groupes de la période.
Ce qui ne veut pas dire que notre homme délaisse ces plages electro abstraites tapissées avec l'aide du clavier et producteur Mike Thorne. "Image" ou "Seconds To Last" vous transporte dans une atmosphère cold-wave à la fois obscure et relaxante. Dans un registre plus conventionnel, les fans d'Hannibal Lecter auront les oreilles titillées par "Alone" présente sur la BO du célèbre film de Jonathan Demme. La version CD (3 faces B et 2 démos en bonus) vous gratifiera d'une version instrumentale piano démasquant la sensibilité pop de cette superbe chanson ténébreuse.
Richesse et unicité sont les maîtres mots de ce A-Z aussi réussi que la première trilogie de Wire. Vous êtes donc prévenu. Si vous êtes vous aussi le genre de type à vous agenouiller en écoutant ces trois là, le premier album de Colin Newman vous est absolument indispensable.