Frigid Stars
- Label : Sub Pop
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 01/08/1990
Morne et effrayant.
Ce sont les impressions qui subsistent lorsqu'on se souvient du premier opus de Codeine.
Il y a beaucoup de rage dans cette musique implacable, seulement elle n'exhulte pas, elle reste contenue, baillonée. Ça fait comme un noeud dans l'estomac, une sorte de boule qui ne passe pas, quelque chose de noir qu'on remue, qu'on titille sans que ça puisse jaillir. La batterie cogne machinalement de manière sourde, les guitares sont détachées et insicives mais jamais ça n'explose. Ça se retient plutôt. Pourtant l'intensité atteint souvent des paroxysmes insoutenables. A force d'augmenter progressivement la tension, en jouant au ralenti de manière à ce que le son lourd et sombre des compositions puisse prendre le temps de s'établir et de s'installer, on est saisi à la gorge. On attend que la tempête se déchaîne mais elle ne vient jamais: pourquoi ? Peut-être parce que ce serait inutile. La colère et la frustration sont des sentiments qui se vivent en dedans et qui s'alimentent tout seul par des déclarations d'amertumes désespérées.
La voix de Stephen Immerwah, grave et absente, est émouvante au possible et se conjugue à merveille aux sommets de beauté froide que sont "D", "Cave-In" ou "3 Angels". Les mélodies sont jouées du bout des doigts, soutenues par un chant fantômatique mais sont vite écrasées par une section rythmique robotique et destructrice ("New Year's") qui les étouffe presque avant qu'elles n'aient eu le temps de s'épanouir. Sur "Second Chance", une boucle musicale se répète indéfiniment, faute de pouvoir exploser.
C'est puissant, grave mais ça reste à l'état congelé. Ce manque de chaleur apparente est absolument destabilisante. Frigid Stars apparaît comme une éloge de l'abattement, du découragement. Mais c'est aussi l'occasion unique de s'évader et de contempler une beauté intemporelle, inexplorée jusqu'alors. "Old Things" est carrément un monstre immense écrasant tout sur son passage de manière tout à fait nonchalante et tranquille. Pas besoin de se presser pour faire hérisser les poils. Le rock de Codeine a beau devenir de plus en plus dur, le chant reste imperturbable, créant un malaise indéfinissable. Codeine, c'est le trouble, le brouillard, la nécrose.
Et même la mortuaire balade "Pea", en fin d'album, jouée à la guitare acoustique, n'arrangera ce drôle de sentiment qui fait figurer qu'on vient d'entr'apercevoir des choses bien inquiétantes, à la limite de la tristesse inconsolable et du desespoir assumé. Ici on est dans un monde où les réjouissances sont bannies, un monde pas commode, un monde désolé...