Heaven Or Las Vegas
- Label : 4AD
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 17/09/1990
Heaven Or Las Vegas, dernier album pour l'écurie 4AD ou comment rendre plus pop le rock océanique de Cocteau Twins ?
Désormais équipés de leur propre studio "September Sound", les Ecossais entreprennent alors de clarifier leurs mélodies et surtout de filtrer, voire ôter, le brouillard qui enveloppait autrefois leurs compositions. Le son est plus dans l'épure des moyens avec une utilisation plus systématique des sons synthétiques et des boucles de boîte à rythmes. Les Twins trouvent alors ici une cohérence et une unité de son beaucoup plus marquée, notamment grâce à un grain très fin de guitares remarquablement homogène tout au long de l'album. D'ailleurs d'une nature même à les confondre avec de vrais synthés.
L'ouverture de l'album, "Cherry-coloured Funk", s'envole tout de go en boucles aériennes où la voix de Liz Fraser se fait plus caressante que jadis. "Iceblink Luck" voit notre déesse chanter son hymne resplendissant à la joie, traversé par des guitares accrocheuses et d'autres subtilement surfantes de Robin Guthrie. "Fifty-fifty Clown" ou l'ode au cocooning doublée d'une légère complainte où la pulsation rythmique emmène tout le morceau, la voix fragile de Liz donne la réplique aux nappes de Robin. Le titre éponyme est, sans conteste, trop poli et trop travaillé dans l'immédiateté de ses mélodies. Du romantique "I Wear Your Ring" aux guitares ciselées de "Wolf In The Breast" en passant par le doucereux "Fotzepolitics", l'on se laisse planer par les délicates voix en canon de Liz. Avant-dernière étape du voyage, "Road, River And Rail" à la ligne de basse plus rampante, est accompagnée de six cordes éclaireuses sur arpèges de Guthrie jusqu'aux refrains renversants de détresse.
Enfin, "Frou-frou Foxes In Midsummer Fires" est de cette quasi-tradition toute Cocteau-esque de clôtures d'albums : fuite en avant sur le mode "accalmie/explosion" ; ouverture presque ambiant, puis allumage soudain et en force de ritournelles ciselées. Bouleversant tant par son hymne tout en clair obscur de coucher du soleil, partiellement frôlé par ses derniers rayons, que dans l'émotion des backing vocals en état de grâce. Sidérant de beauté.