Some Loud Thunder
- Label : Wichita
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 29/01/2007
On ne pensait pas les voir remettre les couverts si tôt ! A peine une année pour digérer le début discographique de Clap Your Hands Say Yeah ! n'aura aidé ni à s'attendre à revoir le groupe aussi vite sur le devant de la scène, ni à s'impatienter fiévreusement d'une nouvelle sortie. Some Loud Thunder nous tombe donc un peu dans les mains comme une anecdote sans grande excitation, juste curieux de constater le travail des new-yorkais depuis l'immense buzz produit à leur découverte.
Aussi franc que la fin du précédent, ce nouvel effort rentre dans le vif du sujet dès le jovial "Some Loud Thunder", avec d'emblée pour chaleureuse sensation de ne pas avoir quitté le groupe un instant. Il ne nous a pas manqué. "Emile Jean Stock" déboule dans sa roue avec un psychédélisme pop dispersé au goût de coléoptère de Liverpool. L'entrée de l'album est somme toute rapide, et demande dès lors une implication de la part de l'auditeur, les courtes compositions riches en rebondissements allant bien vite pour ne s'en satisfaire que d'une oreille. On constatera au fur et à mesure que l'on retrouve bel et bien le même fond (l'autodérision de "Yankee Go Home"), mais que la forme a légèrement changée, s'assimilant à ce que l'on pourrait évoquer peut être hâtivement comme un Radiohead américain qui ne sait pas encore bien où il veut aller après son Pablo Honey. Tout d'abord par la voix de Alec Ounsworth, retranscrivant toujours aussi bien un Thom Yorke trop murgé pour maîtriser son chant avec fierté, mais atténuant avec justesse l'erreur de la production éponyme qui lui avait fait une place proportionnellement trop en avant par rapport à sa capacité. Ensuite, justement par le biais de la réalisation aux arrangements très poussés, et c'est peut être en partie là que l'album pêche. Là où le premier album retransmettait sur mesure l'esprit créatif et simple du groupe, Some Loud Thunder paraît un peu trop surenchérir sur les pouvoirs sans limite du studio, les arrangements en pagaille et les bidouillages maisons (la batterie saturée de "Emily Jean Stock" par exemple), aux frontières d'une production synthétique faite de samples ("Satan Said Dance" et son rythme disco). Cela dénature un tantinet le principe rock basique et efficace de leur effort. A la limite de la démesure pour cette formation modeste et encore fraîche. Ils se veulent trop compliqués pour ce qu'ils sont réellement. Comble de l'ironie lorsqu'on réalise que "Arm & Hammer", bref titre à la production mimant sans complexe la pourriture d'un Devendra Banhart, détenait probablement le meilleur potentiel de l'album si son écriture avait été approfondie...
La direction du groupe peut également faire écho -sans association d'idées (?Yeah') et à moindre mesure- à la démarche du Show Your Bones des Yeah Yeah Yeahs. Une volonté de changement de saveur plutôt rude pour les amateurs du premier album porteur qui peut en déstabiliser plus d'un. La touche la plus manifeste en est le recours un brin plus imposant à la guitare acoustique, accentuant la dimension folk de certaines compositions auparavant plutôt absente du profil des gars de Brooklyn. Le tambourin, les claviers, les ch?urs, la reverb et autres accessoires plus maigres mettant davantage le doigt sur une pop plus baba-cool lumineux que new-yorkaise dépressive. "Love Song No7" en est certainement l'essai le plus planant est représentatif.
Bien sûr, ce travail minutieux n'est pas sans réjouissance, à travers un "Mama, Won't You Keep..." à l'atmosphère bien ficelée, un "Goodbye To Mother & The Cove" solennel, ou un "Five Easy Pieces" aérien. C'est surtout à l'écoute de ces plages que l'on ne peut les accuser de s'être conforté ou même enlisé, loin de là. Et être sentencieux à l'égard de Some Loud Thunder serait largement moins constructif que le groupe ne l'a été ici. Bien que sans pour autant s'être borné à établir un concept, on se doute qu'à un moment le groupe a du manquer cruellement de recul. La bête noire de l'autoproduction ? ...
Bien moins enthousiasmant que son grand frère, un peu trop précoce et orgueilleux pour être parfait, peut être trop frais pour que son sens profond ne nous apparaisse encore, mais frapper des mains s'impose toujours autant.