I See A Darkness
- Label : Palace
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 22/01/1999
I See A Darkness: on a connu plus joyeux comme titre d´album, sans parler de la pochette ornée d'une tête de mort... Et pourtant, malgré la noirceur du titre, c'est véritablement à un album magique et riche en émotions que l'on a à faire.
Comment le classer ? Folk, néo-country, ou autre chose ? C'est difficile à dire, tant Bonnie "Prince" Billy, le groupe de Will Oldham, l'homme de Palace Brothers, Palace Music et Palace Songs, nous offre ici une composition atypique. Les onze titres de I See A Darkness constituent une oeuvre habitée du début a la fin par son auteur, qui apparaît, à travers sa voix et ses textes, comme un vieux monsieur fragile et blessé.
Le premier titre, "A Minor Place", joué au piano, et certes trompeur sur la suite de l'album : la musique, le chant, les paroles... ne dégagent pas vraiment de tristesse, tout au plus une certaine mélancolie. Ce titre, à part, s'apparente plus à une sorte d'introduction, en annonçant, dans une certaine mesure, ce qu'est la "marque de fabrique" Bonnie "Prince" Billy: une instrumentation dépouillée (principalement quelques notes de piano, de la guitare, et... le silence !) et un chant geignard, mais une incroyable richesse qui se déploie à travers des mélodies claires et envoûtantes. C'est la suite de l'album qui lui donne véritablement sa couleur désenchantée: "Nomadic Revery", "I See A Darkness", et "Another Day Full Of Dread" (tout un programme !). Vient ensuite "Death To Everyone" (ma préférée, si je peux me permettre), sûrement la chanson la plus touchante de l'album. Bonnie "Prince" Billy chante, de sa voix inimitable, la douleur, le désespoir mais aussi l'amour et la rédemption, comme si sa musique était un nuage sombre et menaçant traversé ça et là par des rayons de lumière aveuglants. En fait, c'est surtout sur ses minces épaules que repose cet album totalement dépouillé, sur son chant si particulier et dans l'émotion qu'il y insuffle. C'est simple, sans fioritures. C'est beau.
Inutile d'énumérer tous les titres suivants, qui sont à peu près tous de la même qualité. On retiendra par la suite surtout le très touchant "Madeleine-Mary", à l'orchestration quasiment reggae, et le déchirant "Black".
Vous l'aurez compris, Bonnie "Prince" Billy chante la tristesse. Toutefois, ne vous imaginez pas que l'album va vous donner envie de vous trancher les veines, loin de là. Bien au contraire, et c'est plutôt paradoxal, cette oeuvre dégage une telle tristesse qu'elle en devient touchante, comme si elle permettait de prendre conscience de la fragilité de la vie et par là même de sa valeur et de son incroyable beauté. Définitivement une oeuvre émouvante, qui va vous hanter sitôt que vous y aurez jeté un oeil, ou plutot une oreille... Essayez, vous n'y resterez pas insensibles.