The Bootleg Series Vol. 4 Live 1966, The Royal Albert Hall Concert
- Label : Columbia
- Format : Live / CD
- Date de sortie : 12/10/1998
Au milieu de l'année 1966, pour entourer la sortie de "Blonde on Blonde", Bob Dylan décide de s'embarquer avec son groupe "The Hawks", futur "The Band" pour une courte tournée européenne. Pratiquement un an après son premier concert à Newport et la sortie de Highway 61, la pilule rouge "rock'n'roll" n'est toujours pas passée. Dylan n'en a cure et cette tournée européenne sera composée d'une partie acoustique (la moins connue des fans ayant fait circuler le bootleg pendant de très nombreuses années) et d'une partie électrique, où le Zim se fait encore traité gaiement de Judas. Mais pour l'instant, Dylan est comme à ses débuts, seul, avec sa guitare et son harmonica, face à son public anglais (de Manchester et non de Londres). "She Belongs To Me" ouvre un bal qui sera assurément folklorique. Nous pouvons déjà constater la qualité du son, inégal sur le bootleg d'origine, mais d'une pureté quasi-démoniaque ici. C'est un réel plaisir d'entendre le folk de Dylan des années 60 avec une telle qualité ; et pour le coup, le témoignage est parfaitement restitué.
Il est toujours compliqué de parler ou d'écrire sur des albums ou des lives mythiques comme celui-ci ; mais il y a toujours quelque chose à dire, et si cette musique est intemporelle, c'est justement pour que les générations qui suivent les auditeurs contemporains de Dylan donnent leurs avis. Le mien est sans appel ; ces rééditions sont d'une réelle qualité. Grand fan de Pink Floyd à mes heures perdues (et priant chaque jour un Dieu hypothétique pour une édition en bonne et due forme d'un live de 1977), j'envie les grands fans de toujours du Zim, à la découverte de ce concert si connu auquel ils n'ont pu assister. Car Bob Dylan est au sommet de sa créativité. Cette partie acoustique sera en effet composée de chansons tirées de ses trois magnifiques derniers albums : "It's All Over Now, Baby Blue" de Bringin'it All Back Home, la fameuse "Visions Of Johanna" tirée de Blonde On Blonde et qui reste pour moi un des grands moments de la plume à caractère gargantuesque de Bob Dylan. Enfin, quelques perles rares de Highway 61 dont cette étrange "Desolation Row" sans fin.
Quelque chose de majestueux plane dans cette salle ce soir là, impossible à décrire. Une sorte de frénésie non contrôlée, de la provocation quand se branche les guitares et de la folie quand rentre ce futur "Band" déjà complètement déjanté et anachronique. "Tell Me Momma" déchaîne les foudres du rock'n'roll, et j'aurais aimé y être pour voir en détail la tête médusé du public anglais applaudissant malgré lui, amère mais sans l'être, sans doute fasciné par la puissance et le contraste vis-à-vis de la première partie un brin mystique. Et cela durera pendant presque une heure, Dylan se déhanchant, haranguant la foule en faux prophète qu'il est, s'éclatant avec Robbie Robertson à la guitare sur "I Don't Believe You", montrant le vrai potentiel scénique de "Highway 61" avec "Just Like Tom Thumb's Blues" où les Hawks maîtrisent de manière hallucinante leur sujet. Que dire ensuite du blues "Leopard-Skin Pill-Box Hat", de la noirceur d'un "Ballad Of A Thin Man" et de la fureur de "Like A Rolling Stone" où plus rien n'arrêtera Dylan, revigoré par ces "Judas" scandés par une partie de la foule?
Comme bien des lives de qualité (Live At Leeds des Who, ou le Is There Anybody Out There - The Wall 80-81 du Floyd), réédités en CD, ce Royal Albert Hall de Dylan ne déroge pas à la règle. Il n'est que le témoignage sonore d'un instant, certes mémorable, mais auquel nous nous sentons légèrement étrangers et dépassés, par tant de mythes et de légendes entourant l'enregistrement d'un live et du contexte dans lequel il fut joué. Mais qu'importe, réentendre Dylan chanter comme si c'était la dernière fois "Like A Rolling Stone" reste grandement jubilatoire.