Highway 61 Revisited
- Label : Columbia
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 30/08/1965
'Something is happening here, but you don't know what it is'. La meilleure chronique possible de ce disque, la plus juste, la plus complète, la plus belle, devrait s'arrêter là, à cette phrase adressée à un certain Mr Jones. Phrase qui résume tout. 'Something is happening here, but you don't know what it is'. Le choc, l'excitation, l'incompréhension, la révolution... tout est dit, sous-entendu. Oui je devrais m'arrêter là... Mais j'en ai déjà trop dit et pas assez. Continuons.
Nous sommes en 1965. Bringing It All Back Home. Bob Dylan vient d'électrifier son folk. Crise d'urticaire chez les folkleux qui ne supportent pas que leur sainte musique soit offerte à la fée électricité bâtarde et déesse du rock, ce machin d'ado insignifiant. Les pauvres. Rejeté par sa communauté d'origine, Dylan s'enfuit vers les cieux. Pour y arriver, il recrute Mike Bloomfield, guitar hero qu'il a croisé il y a quelques années et qui fait les beaux jours du Paul Butterfield Blues Band. Première session à New-York à laquelle est invité un autre guitariste, Al Kooper. Le lendemain, l'un des 2 ou 3 plus grands morceaux de l'histoire du rock est mis en boîte avec la participation de Kooper à l'orgue Hammond, instrument qu'il découvre pour l'occasion. "Like A Rolling Stone", déluge suffocant de jubilation sadique. Dans le genre haineux, on a jamais fait mieux. Succès planétaire à suivre.
Deux semaines passent. Dylan est enfermé chez lui à composer pour son nouvel album. Et quand il sort c'est pour subir une bronca mythologique au festival de Newport. La rupture est consommée. Le Zim va faire un massacre. Retour en studio pour accoucher en quelques jours de ce chef-d'oeuvre surhumain. Là où Bringing It All Back Home entrouvait timidement des portes, Highway 61 Revisited dévale le couloir en arrachant la tapisserie. Ce n'est plus du folk, même pas du rock, un peu blues, c'est autre. Un maelstrom sonore qui défouraille les sens. Ça vrille ("Highway 61 Revisited"), ça assome ("Ballad Of A Thin Man"), ça réchauffe ("Queen Jane Approximately"), ça fascine ("Desolation Row")...
Une réinvention sacrée de la musique populaire aux mots choisis qui comme toujours vont faire l'objet de multiples explications. Qui est ce monsieur Jones ? Est-ce vraiment un journaleux ? Ou est-ce une parabole de l'individu lambda ? Comme pour la Bible, on peut lui faire dire ce qu'on veut aux chansons de Dylan. Voir des références exactes, des personnages précis alors que tout n'est que métaphore surréaliste. C'est bien là le secret de la poésie du Zim. Pour le commun des mortels, il n'y a rien à comprendre. Ce sont des mots, des jeux de mots, des rimes, des images qui défilent que seul Dylan, camé jusqu'aux os, peut encore piger. 'Something is happening here, but you don't know what it is' J'aurais dû m'arrêter là. Oui.
L'Highway 61 est une autoroute qui traverse les Etats-Unis de la Nouvelle-Orléans jusqu'à la frontière canadienne. Symbole absolu de liberté beatnick, la route, le voyage, l'ouverture vers de nouveaux horizons... Highway 61 Revisited est un nouveau départ pour Dylan. Plus rien ne sera comme avant. Pour lui comme pour les autres.