The Future Embrace
- Label : Warner
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 21/06/2005
Oh Billy, mais qu'est-ce que tu nous as fait là ?
Les fans des Smashing Pumpkins attendaient The Future Embrace avec impatience et aussi, il faut le dire, un brin de fébrilité. Pas très assurés que leur idole, Billy Corgan, allait être à la hauteur de leurs démesurées attentes. Et, à n'en pas douter, beaucoup vont tomber de haut et peut-être s'effondrer à l'écoute de cette oeuvre.
On était prévenu : plus de batterie, plus de basse ni de guitare criante. En lieu et place : de l'électronique et des restes de guitares fatiguées. Ajoutez à cela, bien sûr, la boîte à rythmes.
L'album s'ouvre gentiment avec "All Things Change". C'est frais, aérien, optimiste ; ça se laisse écouter, on peut presque se convaincre que c'est bon. C'est une entrée en matière qui laisse de l'espoir pour la suite de l'album. Et puis, c'est "Mina Loy (M.O.H.)". Montée en puissance. Morceau rythmé et agréable. Billy ne nous déroute pas encore trop. Il est encore temps de croire à un grand album, voire au génie ... "Can I give my old heart to you", ne cesse de demander Billy dans cette chanson, ma foi bien entraînante, et qui ne trouvera, je pense, que peu de détracteurs. On aimerait que le reste soit du même tonneau ...
Troisième titre : "The Camera Eye". Heureuse surprise. C'est un air très sympa, avec de jolies nuances. Bel air de guitare sombre et sensuel, sur lequel la voix de Billy, pleine d'entrain, fait des merveilles. Ce n'est pas le Billy auquel on est habitué, mais ça fait quand même du bien. Jusque-là, vous me direz, réussite, même si rien n'est vraiment transcendant. C'est bien sympa. On dit merci qui ? Merci Billy !
Attention : maintenant on passe à la fameuse reprise des Bee Gees, que tout le monde redoutait, craignant véritablement le pire. Eh bien, là encore, c'est une assez bonne surprise. "To Love Somebody" se laisse encore écouter avec un certain plaisir. L'intervention vocale de Robert Smith est fort discrète, dans le refrain. Ce n'est pas le morceau du siècle, mais Billy sauve encore sa peau sur ce titre ... plus pour très longtemps.
Cinquième morceau de l'album : "A100". Il fait partie de cette grappe de titres qui étaient depuis déjà quelques temps disponibles sur le Net. Pas de surprise donc. Le début est franchement bon. Alternance entre un son lourd et percutant et un relâchement mélodieux fort agréable. Au fil du morceau, on se lasse un peu, ça s'englue quelque peu. On se demande si c'est la nouveauté qui n'est pas encore bien sensible à nos oreilles, ou si c'est (peut-être tout simplement) un petit peu mauvais. On est soulagé quand "A100" se termine.
"DIA" : morceau très attendu, car Jimmy Chamberlain y est, paraît-il, présent derrière la batterie. Paraît-il ... car ce pourrait être un autre que ça ne changerait pas grand chose. Il ne sublime pas vraiment ce morceau qui ne peut manquer de décevoir (au moins un peu). C'est rythmé, enlevé, ça bouge, mais c'est plutôt plat, sans grandes nuances. Manque de créativité. On commence réellement à s'inquiéter à ce moment de l'album, même si on aime beaucoup Billy. La fin va-t-elle relever tout ça ? Nous éblouir enfin ? ...
Ce n'est pas "Now (and Then)" qui va complètement nous rassurer. Très calme, un peu planant. Dommage qu'on ne soit pas un peu plus énervé avant d'en venir déjà à une telle accalmie. On essaie de se convaincre que c'est beau - et ça l'est quand même quelque peu. Un petit crissement de guitare nous plonge (trop peu de temps) dans une ambiance qu'on aime bien, intense. En fait, il est difficile d'avoir une opinion claire sur ce morceau : on pourra dire à un moment que c'est beau, à un autre que c'est lassant, un peu répétitif, les plus mauvaises langues diront que c'est chiant.
Alors là, bouchez-vous les oreilles ! Nos derniers espoirs d'avoir peut-être affaire à un grand album tombent en lambeaux ! Le morceau s'appelle "I'm Ready". Nous, on n'est carrément pas prêts pour ça. C'est presque inaudible. Ca fait de la peine. On a envie de dire : mais pourquoi Billy ? pourquoi ? WHY ? ... Je ne sais pas si je suis trop sévère avec ce titre, mais ... vivement qu'il s'arrête.
Alors juste après, c'est "Walking Shade", que tout le monde connaît depuis longtemps. C'est le type de morceau qui plaît tout de suite, séduisant, sucré ... mais qui, sans doute, ne séduira pas éternellement, qui s'usera assez vite. C'est probablement le moment le plus punchy de l'album. C'est bon, mais on a du mal à sauter au plafond ou à s'accrocher aux rideaux. Bref, ça passe bien ; mais qu'en sera-t-il à la centième écoute - si jamais quelqu'un va un jour jusque-là ?
"Sorrows (In Blue)". On peut sans doute sauver ce morceau, encore plus court que les autres, qui crée une atmosphère bien particulière, mêlant habilement espoir et trouble, bien dark et bizarre. On reste néanmoins, c'est une habitude, sur notre faim. Avant-dernier titre : va-t-on enfin franchement vibrer ? Peine perdue ... "Pretty, Pretty STAR" : comment décrire ce machin ? L'air me fait penser spontanément au Japon ; c'est plutôt gai. J'essaie d'y discerner la beauté : parfois je me dis qu'elle est peut-être là, mais que j'ai du mal à la voir, parfois elle me paraît définitivement absente. Mon opinion n'est toujours pas vraiment faite, mais je suis franchement perplexe. Au bout de plusieurs écoutes, mon sentiment s'améliore.
L'album se conclut sur une chanson sans fioriture, "Strayz", où Billy chante très doucement, très délicatement. Il nous répète : "You know I'm true". On veut bien le croire. La chanson est belle, elle est assez convaincante et soulage après quelques titres douloureux de cet album ("I'm Ready" en tête).
L'album est fort court : autour de 45 minutes. Ceux qui n'ont pas aimé, diront que c'est bien assez, que c'est déjà bien lourd, bien difficile à ingurgiter.
Récapitulons : que dire, au final, de ce premier album solo de Billy Corgan ? Quelques bons titres : "Mina Loy (M.O.H.)", "The Camera Eye", voire "To Love Somebody" et "Walking Shade". Auxquels on ajoutera sans doute le dernier morceau, "Strayz". Des morceaux mitigés, desquels on ne sait pas bien quoi penser : "All Things Change", "A100", "Now (and Then)", plutôt bons, mais, à la longue, lassants ; "DIA", "Sorrows (In Blue)", "Pretty, Pretty STAR", plats ou intéressants, dirons-nous, selon notre humeur. Quant à "I'm Ready", c'est, jusqu'à nouvel ordre, le seul titre que je condamne absolument, auquel je ne trouve aucune circonstance atténuante.
Ca nous fait 5 titres corrects, voire bons. 6 titres dans les limbes, mêlant du bon et du moins bon, voire du carrément décevant. Enfin, 1 horreur. Faible bilan pour un artiste comme Billy Corgan. Et une impression confuse pour un fan de l'ex-leader des Pumpkins, qui n'ose pas condamner trop fermement, se disant qu'il est peut-être passé à côté de quelque chose, mais qui ne peut, sans mentir, s'enflammer devant cet album.
The Future Embrace est l'objet idéal pour tester l'amour que l'on porte à Billy Corgan. Car il faut être vraiment amoureux de lui pour crier ici encore au génie, à la réussite parfaite et exceptionnelle. Mais il faut aussi, je crois, se garder de critiques trop dures et définitives. The Future Embrace n'est pas Mellon Collie..., on l'aura compris ... Mais cela a déjà été fait il y a dix ans. Billy innove, tâtonne un peu, ça déconcerte sans doute bon nombre de fans, mais laissons tomber nos préjugés et nos attentes surannées, voulant toujours que le même revienne, et laissons ces nouvelles créations investir notre âme. Peut-être finirons-nous par aimer vraiment. D'ici peu, peut-être parlerai-je moi-même de chef-d'oeuvre ! Même si, en secret, je rêve avec vous, non pas d'un retour aux Pumpkins, mais d'un retour au génie de Billy, à ce qu'il sait faire, et sans doute mieux que tous les autres : porter le rock et la musique aux sommets de l'émotion, de la puissance et de la beauté.
Avec cet album, Billy Corgan n'a pas éteint encore tous nos espoirs ; plus que jamais, il les a ravivés, excités.