Whatever People Say I Am, That's What I'm Not
- Label : Domino
- Format : Album / CD Vinyle
- Date de sortie : 30/01/2006
Le Royaume-Uni en général et l'Angleterre en particulier, par le biais de sa presse musicale, semblent prêts à s'enflammer à chaque crépitement électrique sorti d'un ampli et ainsi nous servir chaque année 'the next big thing'. Avec plus ou moins de succès selon les années. Car si Franz Ferdinand, The Libertines, ou Bloc Party n'ont pas inventé l'eau chaude (leurs recettes utilisant toutes des ingrédients déjà connus), force est de constater que leur spontanéité a donné un coup de fouet à la scène britannique jusqu'alors outrageusement dominée (et ennuyée) par Coldplay (du moins les années où Radiohead et Massive Attack ne sévissaient pas, mais eux sont hors catégories, évoluant dans des sphères inaccessibles au commun des groupes anglais mortels ...).
Alors, car c'est là que je veux en venir, qu'en est-il de ces fameux Arctic Monkeys, apparus presque par enchantement, et dont le succès, sur la foi de quelques singles (dont le premier "I Bet You Look Good On The Dancefloor", n°1 des charts britanniques dès sa sortie, performance non égalée par Franz Ferdinand ou Coldplay eux-mêmes à leur époque) et relayé par Internet, ne cesse d'enfler ? Leurs concerts s'arrachent ainsi à Londres à des prix prohibitifs sur le marché noir et provoquent l'hystérie. Mais qu'est-ce que ces gamins d'à peine 19-20 ans ont dans le ventre ? Ce groupe de Sheffield possède d'abord dans la personne de son chanteur, un story-teller avec une gouaille, une morgue, une ironie toutes britanniques.
Ce gamin chante ensuite comme un fan de foot anglais qui hurle à l'arbitre qui vient de siffler un penalty contre son équipe favorite. Son flow et son songwriting (tendance The Streets/TheLibertines) sont aussi réjouissants que ce même supporteur qui verrait le gardien de son équipe arrêter le penalty, relancer vers son attaquant qui loberait de 50 mètres le gardien adverse, dans une ambiance de stade anglais en délire.
Car ce premier album sent, suinte, pue l'Angleterre des pubs (et des pintes qui volent), des stades, des dance-floors, des salles de concerts glauques, bref l'Angleterre d'en bas au sens noble du terme. Là où Franz Ferdinand pose en étudiant branché, la mèche impeccable, ou que Coldplay n'en finit plus de gémir, ces quatre petites frappes de Sheffield se la jouent Libertines mais sans la baston, la coke (?), sans les cambriolages, sans Kate Moss, etc ... Et aussi sans le côté bancal et déglingué du groupe de Pete Doherty, qui fait son charme ... et ses limites. Mais avec une énergie, une fraîcheur, et un sens mélodique diaboliques !
Ce sont ainsi d'innombrables riffs (les intros énormes de "I Bet You Look Good On The Dancefloor" et "A Certain Romance") et autres gimmicks ("Dancing Shoes" qui porte bien son nom, "Still Take You Home") qui vont vous remuer les jambes, et des guitares survitaminées qui vont se charger du reste de votre énergie. Ici, on joue une sorte de kick and rush musical, aux tripes, jusqu' à la dernière seconde du temps réglementaire. Avec un "Riot Van" en milieu d'album, en guise de mi-temps apaisante. Car le reste du temps, c'est une rencontre de haut niveau avec ses temps forts (le mélodieux "Mardy Bum", l'énergique "The View From The Afternoon"), ses temps faibles (l'anecdotique "When The Sun Goes Down" ou le mollasson "Red Light Indicates Doors Are Secured"), ses coups de sang (le menaçant et noisy "Perhaps Vampires Is A Bit Strong But ..."), ses courses effrénées ("From Ritz To The Rubble", "You Probably Couldn't See For The Lights But You Were Looking Straight At Me" ou le single "I Bet You Look Good On The Dancefloor") et ses gestes de grande classe, la marque des grands (l'excellent "A Certain Romance", l'ironique et addictif "Fake Tales Of San Francisco").
Bref, une équipe qui ne gagnera peut-être pas la Cup (on écoutera certainement en 2006 des disques avec d'autres ambitions), mais qui nous fera passer un bon moment, sur disque et peut-être sur les gazons verts ou dans la boue des festivals, bientôt. Performance à confirmer toutefois à la prochaine rencontre, car les jeunes pousses ne deviennent pas toutes des génies ! Mais à quoi bon essayer de tempérer l'enthousiasme : voici la sensation anglaise de 2006 ! Enjoy !