Armchair Apocrypha
- Label : Fargo
- Format : Album / CD
- Date de sortie : 20/03/2007
Aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres. Andrew Bird met au monde Armchair Apocrypha et le contraste avec les albums précédents se fait aussitôt sentir. Une pochette noire sur laquelle une perruche jaune nous tourne la tête, un titre qui signifie "ce qui avait été caché" en grec. Le ton est donné. Ici pas de fioritures acoustiques seulement de vrais textes pour cesser les paroles en l'air.
Voici donc Bird qui part en croisade et pour ce faire il est nécessaire en plus de changer de fond de changer de forme. "Fiery Crash", sur lequel l'auteur nous fait part de sa crainte pour les crashes aériens ('to save all our lives you've got to envision the fiery crash'), montre l'exemple, guitare électrique en bandoulière et violon relégué au second rang au même titre que les cuivres. Ici rien ne semble être plus comme on l'avait laissé sur The Mysterious Production Of Eggs, seul le sifflement morriconien de l'américain demeure dans le rock que dégage maintenant un vrai groupe. La subtilité y est moindre, la voix plus poussée, la vigueur prime sur la subtilité et les longues descentes d'archets. Même si les paroles sont souvent télescopées et que leur sens n'est pas toujours donné explicitement, elles révèlent souvent un ton plus sérieux. Cachées sous l'ironie, "Heretics" et "Plasticities" évoquent la mort ou le réel sens de la vie, "Scythian Empire" et "Simple X" quant à elles font le blâme des sociétés modernes moins glorieuses que les anciennes civilisations ou parlent de dépression et de sérotonine. Le titre l'avait annoncé, Andrew Bird ne nous racontes plus d'historiettes mais a des choses à nous dire, des messages à faire passer.
Ce serait donc un Andrew Bird métamorphosé qui serait né. On l'avait connu dans sa formation originelle avec son Bowl Of Fire, où il se complaisait à faire revivre le swing et le jazz façon gitan, puis en solo violon à l'épaule éditant Fingerlings après Fingerlings. On dirait que sa nouvelle étape artistique est désormais de prendre le large avec ses origines, de se plonger dans le rock peut-être pour se sentir moins marginal. Mais quand bien même ce serait le cas, ce disque apparaît encore comme une production unique, n'ayant jamais existait auparavant. Car si son instrument de prédilection est plus diffus, il réussit tout de même à se frayer quelques lignes mélodieuses parmi les compositions voire emprunter "The Supine" ou l'ultime "Yawny At The Apocalypse" pour faire planer le spectre d'un artiste ayant changé de répertoire mais pourtant toujours fidèle à lui-même. Ce spectre persiste comme pour rappeler que l'inspiration est toujours venue du violon, qu'il est le fil conducteur de l'album - comme ça a toujours été le cas - bien qu'on ne le voie pas.
Malgré ces changements notables, la magie opère une fois de plus. On note toujours cette facilité à faire vaciller les notes et les faire s'entrechoquer jusqu'au désordre sonore, par moment, qui pourtant n'en n'est rien. En outre, "Imitosis" fait revivre l'air de "I" en plus latino et y renvoie aussi par le texte ('we're basically alone'). Cette mise en abyme est majestueuse. On ne reste pas non plus insensible à "Cataracts" lugubre à souhait, ou "Simple X" à l'envoûtement électro et asiatique sur laquelle Andrew Bird renverse avec sa voix la plus épurée.
Même avec un désir plus important de mettre l'accent sur les textes et d'ouvrir son monde poétique, après celui de sa musique enchanteresse, à un plus large public son raffinement mélodique est toujours à la hauteur de son esprit, brillant, talentueux et délicat... Dix ans de carrière pour Andrew Bird et autant d'années d'émerveillement.