Alternative 4
- Label : Peaceville
- Format : Album / CD Vinyle K7 Audio
- Date de sortie : 11/08/1998
Comment vouloir revenir après l'écoute d'un album pareil ?
Un album somptueux de bout en bout, vibrant, vivant, qui emmènera la mélancolie jusqu'en des magnificences inexplorées jusqu'alors.
Jamais le métal n'aura été aussi loin dans sa volonté de rejoindre une certaine idée d'évasion athmosphérique. Alors qu'on associe habituellement cette musique à la lourdeur ou à la gravité pesante, Anathema trouve le secret et réussit à alléger ses compositions sans rompre pour autant avec sa puissance évocatrice.
Parsemées d'envollés lyriques, soutenues par une voix claire, les compositions de cet oeuvre riche et soignée se soulèvent telles des vagues. Alternant les passages aériens et doucereux avec les élans puissants et majestueux, les Anglais arrivent à planer très haut.
Alternative 4 point d'orgue à jamais inscrit dans la légende, subjugue par son désespoir ensencé et mis en scène de façon émotionnelle. La force dégagée se révèle d'une luminosité particulièrement froide, rayonnant par moment un spleen tenace, traduit par un piano magique, ou une énergie désespérée, dégagée par des guitares flamboyantes. Difficile de faire mieux dans le genre.
Cet opus étonne surtout par sa cohésion sans faille, où rage et puissance font bon ménage avec une sensibilité exacerbée.
Les frères Cavanagh, attirés par les épopées héroïques, se heurteront aux désirs d'évanescence du batteur Duncan Patterson (qui finira par quitter le groupe), mais pour le moment tous les membres arrivent à imposer leurs idées, ce qui donne à l'ensemble un ton unique, qui sera d'autant plus impressionnant que les arrangements seront multiples et très soignés.
L'équilibre entre vocaux, échos et nappes de riffs lourds est proche du miracle absolu. Aussi bien mélodiquement, lyriquement que émotionnellement, le groupe est à son apogée. Il réussira à transcander son idée du métal. Et attendra une plénitude que l'on ressent sur chaque note, sur chaque ambiance glaciale ou magnifique.
Cette approche conciliant la noirceur des propos à une emphase émotionnelle ressemble à la démarche qu'à pu emprunter Roger Waters, dont Vincent Cavanagh est un grand fan. D'ailleurs, en bonus, on découvre quatres titres, dont trois en hommage à ce groupe mythique qu'est Pink Floyd (l'autre l'est à Bad Religion). Et c'est alors l'occasion de découvrir une autre facette du groupe, plus dépouillée, exprimant son malaise existentiel à la guitare sèche. Le rapprochement est troublant tellement le chant de Vincent Cavanagh ressemble à s'y méprendre à celui de Roger Waters.
Ces bonus sont le parfait répondant à l'oeuvre conceptuelle que représente Alternative 4, un autre pendant plus découvert que les ensembles plus rutilantes et étincelantes.
Ce disque est un ticket pour une aventure inoubliable. Anathema parvient à une musicalité irresistible. Un métal atmosphérique à couper le souffle.
A cette époque, ce groupe était sorti des dimensions humaines pour devenir indépassables.