Sap
- Label : Columbia
- Format : Mini Album / CD K7 Audio
- Date de sortie : 21/03/1992
Juste quatre morceaux. Il n'en faut pas plus à Alice In Chains pour montrer à quel point il est un excellent groupe.
Sorti entre Facelift et Dirt, ce mini album en est le chaînon manquant, le lien logique entre "We Die Young" et "Down In A Hole". Délaissant les gros riffs qui font sa spécialité, Jerry Cantrell s'essaie à l'exercice hautement casse-gueule de l'acoustique et réussi le test haut la main. Malgré une production un peu trop léchée et des choeurs féminins incongrus, le disque est sacrément bon. Mélodies entêtantes, paroles sombres et introspectives (mention spéciale à "I Am Inside"), virtuosité de Jerry et très bonne tenue de la rythmique, franchement que demande le peuple ?
Entendre Layne.
Et bien non, désolé, ici c'est Jerry qui s'y colle, s'arrogeant la quasi totalité des parties vocales. Et certes, le bonhomme se défend pas trop mal, mais quand on a un chanteur comme Layne ... Forcément, l'auditeur en ressent une petite pointe de frustration. Consolation :"Right Turn" et "I Am Inside" s'enrichissent d'un guest de luxe en la personne de Chris Cornell. Et là, magie : on se retrouve à écouter un supergroupe, genre Blind Faith. Alors d'accord, le principe des supergroupes c'est de ne pas fonctionner comme on pourrait l'espérer mais ici l'association est tellement fantasmatique qu'elle passe plutôt bien.
Et les deux autre morceaux ? "Brother " débute le disque de façon mémorable, Jerry chante tout en douceur, joue lentement ... un régal qui toucherait même Joseph Staline. Mais s'il ne devait en rester qu'une de Sap, ce serait bien évidemment "Got Me Wrong", un des chefs-d'oeuvre d'Alice, si ce n'est son plus beau morceau. Mélodie imparable, structure classique et pourtant tellement bien adaptée, paroles cathartiques, même Pol Pot aurait pleuré en entendant cela (fin du paragraphe avec des dictateurs communistes dedans).
Seul tâche à ce disque : "Love Song", la ghost track genre 'délire entre potes bourrés à 4h du mat' en mettant les amplis à 11' qui ne colle bien évidemment pas, mais alors là pas du tout avec le reste de l'album. Autant arrêter le disque après "I Am Inside" sous peine de voir tant de beauté sombre chuter dans le purin.
Un disque important pour le groupe, montrant une plus grande maturité, un penchant mélancolique et surtout un potentiel jusqu'alors insoupçonné, qui explosera avec Dirt, Jar Of Flies, l'album éponyme et cet MTV Unplugged fascinant.